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14 February 2022


Légendaire gardien de l’Espanyol Barcelone et de la sélection espagnole, Ricardo Zamora a marqué l’histoire de son pays. Talentueux et facétieux, le gardien au col roulé a transformé la structure du ballon rond en Espagne. Son parcours témoigne des changements inhérents à la société espagnole, bouleversée par la guerre civile. Médecin, gardien de but, journaliste sportif, réfugié politique, entraîneur, Main Opposée vous propose de plonger dans la carrière du portier aux mille vies.

Avant notre divin chauve national, un autre portier au surnom céleste a écrit l’Histoire de l’autre côté des Pyrénées. Dans la première moitié du XXème siècle, un célèbre dicton espagnol disait : “Il n’existe que deux gardiens : Ricardo Zamora sur terre et Saint-Pierre dans les cieux”.

Né en 1901, Ricardo Zamora est l’une des icones du sport ibérique. Pourtant, il a failli ne jamais faire carrière. Retour sur la vie d’un gardien divinement légendaire.

Médecin ou gardien telle est la question

Basketball, boxe, athlétisme, pelote basque, le jeune Zamora multiplie les expériences sportives. Déjà repéré pour son agilité et ses réflexes sur la cancha (l’aire de jeu de la pelote basque), son talent va définitivement éclore au football. Avant de fouler les pelouses, Zamora découvre le sport le plus populaire du monde dans les rues de Barcelone. Lors d’une de ces rencontres, Ricardo alors âgé de 8 ans se blesse au pied et dissimule sa douleur à ses parents. Ces derniers lui interdisaient de pratiquer “ce sport d’enfant”. Malheureusement, une gangrène ronge le pied du petit espagnol. Opéré en urgence, deux doigts de pied lui sont amputés.

Ricardo découvre le football de club sur la pelouse de Canigo avec ses amis du collège. Avant-centre, Zamora doit remplacer le gardien habituel lors d’un match. Pour sa première rencontre, Ricardo encaisse plusieurs buts mais il va rapidement montrer une certaine dextérité dans les cages. Délaissant son numéro 9, le néo-gardien enfile la tunique du dernier rempart. Le début d’une très belle histoire d’amour.

En 1914, on décèle une maladie pulmonaire à son père. Ricardo décide de stopper momentanément sa carrière pour aider sa famille. Au cours de son adolescence, Zamora est tiraillé entre son amour pour le football et le ressentiment de ses parents pour le ballon rond. Le paternel, médecin de profession, aurait sans doute préféré voir son fils porter des gants chirurgicaux plutôt que des gants de gardien.

Ricardo rejoint les rangs de l’équipe universitaire de Barcelone en 1915 avant de signer un an plus tard à l’Espanyol de Barcelone. A la recherche d’un portier après la retraite de Pere Guibert en pleine saison, les dirigeants catalans veulent titulariser Ricardo. Cependant, les parents refusent d’envoyer leur fils. Josep Maria Tallada, trésorier de l’Espanyol, lointain parent de la famille, se porte garant auprès du jeune Ricardo afin de convaincre les parents du prodige.

Le 22 avril 1916, Zamora dispute son premier match sous le maillot catalan face au Real Madrid (1-1). Alors seulement âgé de 15 ans, Ricardo impressionne les observateurs, tous tombés sous le charme “d’un gardien qui arrête toutes les balles”. Définitivement installé n°1 au début de la saison 1916-1917, Zamora succède à Pere Guibert, un monument du football catalan de l’époque.

Un poids dont va s’affranchir aisément le jeune portier. Enchaînant les excellentes performances, Ricardo glane son premier trophée en 1918 en remportant le championnat de Catalogne. Précoce, Zamora parvient à s’imposer comme l’une des références du poste dans la péninsule ibérique.

Doute, drame et départ

Après des débuts rêvés, Ricardo va connaître une saison 1918-1919 cauchemardesque. Blessé au bras, le dernier rempart est contraint de s’éloigner des terrains pendant plusieurs mois. Au même moment, son père Don Francisco est mourant. Ricardo lui promet d’arrêter le foot pour devenir enfin devenir médecin, stoppant momentanément sa passion pour être aux côtés de ses proches.

Après le décès de son père, ses amis le convainquent de rechausser les crampons et de délaisser le bistouri. Voyant la bonne affaire, FC Barcelone se saisit de opportunité pour recruter le gardien de 18 ans. Sa signature chez le voisin catalan exacerbe la rivalité entre les deux clubs barcelonais.

“J’avais promis à mes parents que j’arrêterai le football pour poursuivre mes études, mais je continuais de retrouver mes copains pour jouer au foot. Un jour, les dirigeants du Barça sont venus me voir et je peux vous dire qu’ils n’ont pas eu beaucoup de mal à me convaincre de rechausser les gants !”
-Ricardo Zamora-

Continuant ses études, Ricardo garde les cages de la quatrième équipe du Barça, mais son appétit dévorant pour le football va l’éloigner quelque peu des bancs de l’université. En mai 1919, lors d’une tournée en Angleterre, Zamora intègre pour la première fois l’équipe fanion des Blaugranas. A l’instar de ses débuts avec l’Espanyol, Ricardo impressionne et s’affirme comme le titulaire incontestable et incontesté. Comme un patron.

ricardo zamora barcelona - Twitter-zoekfunctie | Ricardo zamora, Barcelona twitter, Zamora
Ricardo Zamora (à gauche) reprend le football sous le maillot du FC Barcelone. (Source Pinterest, Greatest Football/ Soccer Page)

Le 31 décembre 1919, Ricardo Zamora inscrit un but sur penalty, faisant de lui l’unique dernier rempart à avoir marqué dans l’histoire du club catalan. Comme on le dirait sur le Vieux Port : “à jamais le premier !”.

Pour sa première saison complète saison avec l’équipe première du Barça, Ricardo est invaincu. Il remporte le championnat de Catalogne puis la coupe d’Espagne en 1920.

Zamora et la sélection espagnole : l’avènement du divin

Accumulant les succès chez les Blaugranas, le gardien va connaître ses premières sélections avec l’Espagne lors des Jeux Olympiques de 1920 organisés à Anvers, en Belgique. Plus jeune joueur de la sélection à 19 ans, Ricardo est l’un des rares catalans de l’équipe, majoritairement composée de joueurs d’origine basque. Après avoir vaincu le Danemark lors du premier tour, les Espagnols s’inclinent face aux Belges, survoltés devant leur public. Mais malgré sa défaite en quart de finale, l’Espagne va décrocher la médaille d’argent après un improbable concours de circonstances.

Favorite de la compétition, la Tchécoslovaquie affronte la Belgique en finale. Menés deux à zéro, les Slaves pètent les plombs et provoquent une bagarre. Les supporters belges envahissent le terrain pour se venger (comme quoi on ne voit pas que ça en France…). L’arbitre arrête la rencontre. La Belgique est sacrée, mais la Tchécoslovaquie est disqualifiée. Après sonélimination en demi-finale, la France, elle, quitte Anvers et ne dispute pas les matchs de classement au contraire de l’Espagne. Au lieu de se battre pour des places honorifiques, Ricardo et ses partenaires sont repêchés et ont la chance de glaner une médaille. Ainsi, la Suède, l’Italie, et les Pays-Bas sont tour à tour battus par les Espagnols qui décrochent la médaille d’argent.

Cette compétition étoffe la réputation de Ricardo Zamora. Héroïque lors de cette aventure olympique, il est élu meilleur gardien du tournoi. A partir de 1920, , le jeune portier devient une véritable star internationale et est surnommé pour la première fois “el divino” (le divin). Sur le chemin du retour, Zamora est arrêté par la douane française pour contrebande de cigares. Un délit pour lequel le portier passera la nuit en prison, soit son premier séjour en France. Une première polémique pour l’étoile montante de l’Espagne.

A Barcelone, sa nouvelle stature lui permet d’être payé 50 pesetas par mois plus une prime de 25 pesetas pour chaque match disputé. En parallèle, il dispute plusieurs matchs d’exhibition dans toute l’Espagne où il récolte parfois 1000 pesetas par match.

Affuté d’une casquette et portant le maillot col roulé mieux que quiconque, Zamora déplace les foules. Le portier ibérique devient un véritable phénomène médiatique, une première dans le monde du ballon rond. Sa nouvelle aura lui permet de récolter des sommes gigantesques pour l’époque. Champion de Catalogne en 1921 et 1922, Ricardo Zamora remporte pour la deuxième fois la Coupe d’Espagne en 1922, le zénith de sa relation avec le Barça.

La fiche de Ricardo Zamora - OGC Nice
Ricardo Zamora devient une star du football international (Source : OGC Nice).

Retour à la casa

Conscient de sa nouvelle dimension sur et en dehors du terrain, Ricardo veut augmenter son salaire de 300 pesetas mais le président Hans Gamper refuse de se plier aux exigences de son gardien, pourtant amateur. Aucun joueur ne disposant du statut professionnel, rémunérer un joueur amateur reste en théorie illégal. A Madrid, la presse dénonce l’amateurisme marron, c’est-à-dire le fait de payer un joueur amateur.

Voyant la bonne affaire, l’Espanyol propose à Zamora un salaire mensuel de 2000 pesetas et une “prime d’engagement” (l’équivalent d’une prime à la signature) de 25 000 pesetas. Convaincu, Ricardo décide de retourner dans son club de cœur. Cet épisode va contribuer au changement du statut des footballeurs en Espagne, puisque le professionnalisme sera instauré dans le pays le 28 juin 1924.

Chez les supporters des FC Barcelone, le départ de Ricardo est perçu comme une trahison. Lors de son retour au stade des Corts, l’ancêtre du Camp Nou, le portier reçoit un accueil hostile.

La même année Zamora est rattrapé par le fisc espagnol après voir menti dans sa déclaration d’impôt à propos de son transfert à l’Espanyol. Pour le sanctionner, la fédération espagnole décide de le suspendre un an. Si l’Espanyol est handicapé par l’absence de son portier, ce dernier continue de très bien gagner sa vie. A l’époque, les matchs et tournées d’exhibition sont en effet en vogue dans les années 1920 et 1930. Les organisateurs de ces rencontres vont s’arracher Ricardo à prix d’or. Pour certaines affiches, le gardien espagnol gagne jusqu’à 5000 pesetas.

Devenu indispensable sportivement, la fédération décide de lever la suspension infligée à Ricardo, après seulement trois mois. Dès octobre 1922, Ricardo rejoue en sélection et en club.

Tournée internationale, star, Real Madrid

Malgré l’élimination de l’Espagne au premier tour des JO en 1924, la popularité de Zamora ne cesse de croître sur le Vieux Continent, notamment après une tournée en Europe centrale pour des rencontres face à l’Autriche et la Hongrie.

Avec la stature internationale de son gardien, l’Espanyol va délaisser le championnat de Catalogne au profit des tournées à l’étranger, plus lucratives. Dans les années 1920, la principal ressource des clubs provient quasi-exclusivement de la billetterie. De la Suède à l’Amérique du Sud en passant par le Portugal, la présence de Ricardo dans les cages assurait un stade comble.

Lors de la tournée sud-américaine en 1926, Zamora semble infranchissable. Alors quand José Piendibene, joueur de l’Atletico Penarol en Uruguay parvient à tromper l’Espagnol après cinq clean-sheet, le journal local décide d’offrir une maison au footballeur uruguayen.

Alors que le monde est frappé par un krach boursier sans précédent, Ricardo connaît une année 1929 prolifique. Désormais capitaine de l’Espanyol, il gagne la coupe d’Espagne, le championnat de Catalogne et dispute la même année la première édition du championnat d’Espagne à l’issue duquel il est élu meilleur gardien malgré la septième place de son équipe. Enfin, avec la Roja, il bat l’Angleterre pour la premier affrontement entre ces deux nations.

En 1930, le Real Madrid dépense 150 000 pesetas pour recruter l’historique portier de l’Espanyol, soit le transfert le plus onéreux de l’histoire du football à cette époque. L’Espanyol a négocié le départ de son portier lors d’une tournée de ce dernier à Oran (Algérie). Dans son ouvrage White Storm dédié à l’Histoire du Real Madrid, Phil Ball, journaliste et écrivain britannique raconte la mise à l’écart du portier par l’Espanyol. Issu d’une famille non-catalane, Ricardo revendique sa nationalité espagnole, une position ambiguë dans le contexte politique de l’époque notamment à Barcelone où la ville est marquée par la division entre les Catalans et les Espagnols.

Une nouvelle fois impressionnant lors de ses débuts, l’aventure madrilène de Zamora est stoppée par une fracture de la clavicule lors de la seconde période du derby contre l’Atletico.

Efémerides: 15-S: Ricardo Zamora debuta con el Real Madrid (1930) - AS.com
Avec son maillot bleu, Ricardo Zamora débute avec le Real Madrid. (Source : AS.com)

De retour dans les cages de la maison blanche en lors de la saison 1931-1932, Zamora remporte le titre de champion, un exercice au cours duquel le Real restera invaincu. Si tout roule avec le Real, le portier connaît un échec cuisant en sélection avec une défaite 7-1 contre l’Angleterre. Outre-Manche, la presse critique ouvertement le gardien espagnol, le Daily Mirror n’hésitant pas à remettre en cause son talent, l’arrogance anglaise sans doute.

Coupe du Monde 1934, journaliste sportif et retraite

Après un énième titre de Champion d’Espagne en 1933, Ricardo ramène la Coupe d’Espagne à Madrid en 1934 après la victoire du Real face à Valence (2-1), mettant fin à une disette de 17 ans des Merengues dans cette compétition.

Capitaine de la sélection espagnole, Ricardo Zamora prend alors la direction de l’Italie pour disputer la Coupe du Monde.

Au stade Vittorio Marassi de Gênes, l’Espagne est opposée au Brésil en huitième de finale. Dominateurs les Espagnols mènent trois à zéro au bout de trente minutes de jeu. Ricardo va se distinguer en stoppant un penalty de Waldemar (pas Kita) peu après l’heure de jeu. Qualifiée pour les quarts de finale, la Roja affronte l’Italie, pays hôte de la compétition.

A Florence, les Espagnols ouvrent le score et dominent les débats. Dès lors, les Italiens adoptent un jeu très rugueux, blessant plusieurs espagnols dont Ricardo, victime d’une côte cassée puis touché aux yeux par Angelo Schiavio. La rencontre devient controversée, les Transalpins profitent d’un arbitrage plus que favorable. Benito Mussolini, leader fasciste de l’Italie se sert de l’événement pour sa propagande, la victoire italienne est donc impérative et tous les moyens sont bons. Tout au long de la compétition, l’Italie profitera d’un arbitrage clément (pas Turpin).

80 ans après : la Coupe du Monde fasciste de 1934 | Konbini
Italie-Espagne, un quart de finale âpre (Source : Konbini).

Diminué, Zamora encaisse un but de Ferrari permettant à la Squadra Azurra d’égaliser, actant le match nul. A l’époque pas de prolongations, de but en or ni de tirs au but, le match est rejoué le lendemain. Handicapé par ses blessures reçues la veille, el divino ne peut faire de miracle et doit renoncer à prendre place dans la cage espagnole. Les Italiens remportent la deuxième manche et se qualifient en demi-finale. Une nouvelle fois, Ricardo est élu meilleur gardien de la compétition et figure dans l’équipe-type du mondial, une récompense amère tant la déception est immense.

Se rapprochant de la retraite, Ricardo Zamora débute en 1935 une carrière de journaliste sportif en parallèle de son aventure madrilène. Pour la première fois, il va poser sa plume pour la rubrique sportive du journal monarchiste catholique Ya. Son premier papier est une analyse du match Real Madrid – Séville, rencontre à laquelle il a participé. Objectivité oblige, il laisse un de ses collègues analyser sa performance dans les buts.

En 1936, il dispute sa dernière rencontre internationale avec l’Espagne face à l’Allemagne. Révolté par le salut nazi des joueurs allemands lors de leur hymne national, Ricardo Zamora lève le poing gauche lors de l’hymne espagnol. Après 46 sélections, un record pour un footballeur espagnol à l’époque, la star ibérique dit adieu à la Roja.

La même année, Zamora joue sa dernière rencontre avec le Real Madrid lors de la finale de la Coupe d’Espagne face au FC Barcelone. Dans une ambiance surchauffée au stade Mestalla de Valence acquis à la cause des Catalans pour des raisons politiques. L’ancien gardien du Barça reçoit à cette occasion une bouteille d’eau en pleine tête peu avant le début de la rencontre.

Décisif dans les dernières minutes après un arrêt miraculeux le long de son poteau gauche, Ricardo aide son équipe à remporter le match (2-1), enrichissant l’armoire à trophées du Real Madrid. Son sauvetage in-extremis est d’ailleurs salué par la presse catalane, pourtant rancunière de son départ.

Pour son dernier match avec le Real Madrid, Ricardo réalise un arrêt divin (source : Les Cahiers du football)

Quelques jours après avoir remporté sa cinquième coupe d’Espagne, le gardien annonce sa retraite à l’âge de 35 ans alors que son pays plonge dans la guerre.

Guerre civile, exil et Nice

Instaurée après les élections municipales de 1931, la seconde République espagnole rime avec instabilité parlementaire chronique. De plus, le monarque Alfonso XIII est forcé à l’exil dès la mise en place du régime. Un dialogue de sourd s’instaure entre les diverses forces politiques espagnoles. Gauche, droite, armée, mouvements indépendantistes ne cessent de s’écharper. Tous les corps de la société espagnole sont divisés. Le front populaire (gauche) remporte les élections législatives de février 1936, mais incapable de rassembler, il ne fait pas partie du gouvernement. Devant la faiblesse du pouvoir espagnol, les généraux espagnols Sanjurjo et Franco préparent le coup d’Etat.

Le soulèvement est “accéléré” par l’assassinat de José Calvo Sotelo, leader de la droite le 13 juillet 1936. Après cinq ans de conflits politiques continuels, une guerre civile entre les Républicains espagnols et les Nationalistes menés par le général Franco éclate en juillet 1936. L’insurrection des généraux est soutenue par la plupart des forces catholiques et monarchiques, toutes de droite. Journaliste sportif pour le quotidien monarchiste catholique YA, Ricardo Zamora est capturé par des troupes républicaines lors de ce conflit.

Le journal conservateur ABC annonce à tort le décès du gardien de but en juillet 1936. Qualifié de “victime héroïque” dans les colonnes du journal, le faux décès de Zamora est utilisé à des fins de propagande. Cette fake news est une manœuvre politique dont le but est de renforcer le ressentiment envers les Républicains.

Selon la légende, Ricardo continue d’émerveiller dans les buts lors de matchs de football organisés en prison. Pendant ce temps, les instances dirigeantes du foot, la FIFA, Jules Rimet en tête, demande la libération du légendaire dernier rempart.

Alors qu’il doit être exécuté, Zamora est exfiltré en toute discrétion vers l’ambassade d’Argentine. Selon un journaliste du quotidien argentin la Nacion, Zamora aurait été aidé dans sa fuite par le poète espagnol Pedro Luis de Galvez. Métamorphosé physiquement, l’ancien gardien de l’Espanyol s’enfuit jusqu’à Valence où il embarque au bord du Tucuman, un croiseur argentin.

Quand deux stars « franquistes » signèrent à l'OGC ... / France / Ligue 1 / OGC Nice / Le jour où... / 24 juillet 2015 / SOFOOT.com
Partenaires en sélection espagnole et au FC Barcelone, Ricardo Zamora et Joseph Samitier fuient leur pays pour rejouer ensemble sous le maillot de l’OGC Nice. ( Source : So Foot)

Le 1er mars 1937, le bateau entre dans le port de Marseille. Zamora et les derniers exilés espagnols de l’ambassade d’Argentine débarquent dans la cité phocéenne.

Désireux de reprendre le football, Zamora cherche un club en France ou en Argentine. Son ami catalan Josep Samitier, métronome de la sélection espagnole et du Barça, également réfugié en France, signe à l’OGC Nice. Le portier suit alors son ami.

Retour au pays, épisode 2

Alors en seconde division, le GYM recrute deux joueurs d’exception malgré leur âge avancé. Le portier espagnol apprécie le calme de la Promenade des Anglais où il peut siroter un verre de Cognac et fumer ses trois paquets de cigarettes par jour. Si sportivement Nice ne parvient pas à monter en première division, les observateurs français découvrent le style du dernier rempart devenu entraîneur-joueur des Aiglons en juillet 1937.

Peu enclin à capter le ballon dans les airs, Ricardo Zamora aime repousser le ballon avec son coude ou son avant-bras. Décrite comme la “Zamorana”, cette technique est utilisée lors des duels aériens pour influer psychologiquement sur son adversaire direct et inverser le rapport de force. En effet, à l’époque les lois du jeu autorisaient les joueurs à charger le gardien quand ce dernier tenait le ballon. Une règle dont le portier fit l’expérience lors d’une rencontre face à la France en 1927 où il encaissa un but et perdit deux dents après une violente charge.

Especial Ricardo Zamora | La última parada de Zamora, entre lo Divino y lo humano - AS.com
La Zamorana, l’arrêt signature du portier espagnol. (Source : AS.com)

Après avoir apprécié le soleil du Vieux Nice, El Divino rentre au bercail en 1938 pour jouer une rencontre avec l’Espagne contre la Real Sociedad au profit des soldats de Franco. La participation de Zamora est utilisée par la propagande des nationalistes espagnols.

Enfant de l’Espanyol, Ricardo devient le nouvel entraîneur de l’Atlético Madrid, alors appelé Atlético Aviacion, soit le club de l’armée espagnole. Un doute perdure sur les raisons de cette nomination, certains journalistes avançant une pression de Franco sur Zamora, le leader espagnol n’ayant pas digéré l’exil du divin.

Champion d’Espagne en 1940 et 1941, Ricardo poursuit ensuite sa modeste carrière d’entraîneur au Celta Vigo, à Malaga, lors deux rencontres avec la sélection espagnole puis à l’Espanyol Barcelone.

Mas que un arquero

Retiré des bancs de touche depuis 1961, Ricardo Zamora est honoré par la FIFA en 1967 lors d’une exhibition entre une sélection espagnole et une sélection du reste du monde. Nommé président d’honneur de l’Espanyol, Ricardo Zamora est affaibli par des problèmes au foie, sans doute causés par l’affection qu’il portait au cognac.

Le 8 septembre 1978, l’illustre gardien s’éteint à l’âge de 77 ans. Son décès suscite une vague d’émotion dans toute la Péninsule Ibérique. Les pelouses de Liga observent une minute de silence, les supporters lui rendent hommage tandis que la presse lui dédie ses Unes.

S’il n’a pas remporté de trophées majeurs avec la Roja, Ricardo Zamora a incarné l’évolution du football espagnol. Gardien talentueux au style inimitable, ses demandes financières ont poussé les instances ibériques à instaurer le professionnalisme. Idole sportive et médiatique, ses performances sur le terrain comme ses facéties en dehors faisaient la une de tous les journaux. Son style vestimentaire détonnant à l’instar de son pull en laine au col roulé est resté dans la postérité. Ses plongeons spectaculaires, son style aérien, ses réflexes ahurissants ont impressionné ses adversaires et les observateurs, contribuant à la légende du divin.

Cette reconnaissance perdure dans le temps en Espagne. Aujourd’hui, le trophée Zamora est attribué au gardien ayant encaissé le moins de but sur une saison de Liga. Le légendaire gardien de l’Espanyol Barcelone est considéré comme le plus grand gardien du temple espagnol devant Iker Casillas. N’y voyez aucune hérésie, mais de l’autre côté des Pyrénées, seul El Divino peut surpasser un saint.


Photo de couverture : Marca.com

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