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11 May 2021


Deuxième épisode de ce MO bio consacré à Lev Yachine. Si le gardien du Dynamo Moscou est resté dans les mémoires, c’est grâce aussi à un style de jeu spectaculaire et une tenue noire mythique. Main Opposée propose d’analyser le jeu de Lev Yachine, un gardien en avance sur son temps.

Partie II : L’Araignée Noire, du dernier défenseur au premier attaquant

“Il n’y a qu’une chose plus belle encore que de voir Youri Gagarine voler dans l’espace : c’est d’arrêter un penalty”.
Selon ses dires, Yachine tutoyait les étoiles quand il stoppait un penalty. Il faut dire que le garçon a été prolifique dans cet exercice avec la bagatelle de 150 penaltys arrêtés au cours de sa carrière.

Si Youri Gagarine fut le premier humain à s’aventurer dans l’espace en 1961, Lev Yachine a longtemps plané sur la galaxie football. Mais quel genre de gardien était-il ? Sa morphologie faisait de lui un gardien imposant pour l’époque. Du haut de son mètre 85 et de ses 83 kilos, la cage semblait plus étroite pour les adversaires du gardien soviétique. Ses contemporains parlaient d’un gardien doté d’une détente et de réflexes hors du commun.

Qui était Lev Yachine, le légendaire gardien russe sur l'affiche du Mondial ? - Coupe du monde féminine FIFA 2019 | TF1
Sortie autoritaire de Yachine (Source: TF1)

C’est d’ailleurs la carrure du dernier rempart moscovite qui lui valut le surnom d’araignée. Yachine était reconnaissable par une « longueur de bras et de jambes des plus étonnantes ». Ses qualités sur sa ligne impressionnent les observateurs de l’époque, alors surpris de l’agilité du gardien à la casquette. En plus d’une aisance technique assez déconcertante, Yachine épate par son approche tactique du jeu.

Désormais, le gardien n’est plus seulement le « dernier défenseur » mais avec Yachine, il devient aussi « le premier attaquant ». Il intégrait sa ligne défensive en enfilant son maillot de joueur de champ et délaissant sa tunique noire de gardien de but. L’Araignée Noire aimait s’aventurer hors de sa surface de réparation pour assurer la couverture de sa défense.

Conscient de son rôle offensif, Lev privilégiait les relances à la main afin d’initier les contre-attaques soviétiques et profiter ainsi de la vivacité des ses coéquipiers. Si aujourd’hui on attribue cette révolution à Lev Yachine, en réalité il l’a seulement popularisée. Concrètement Yachine a bénéficié de sa formation et de l’École des gardiens de buts de l’Est. Si ce n’est pas Yachine, qui a modernisé le poste ?

Gyula Grosics, portier de la superbe génération hongroise a été le véritable précurseur de cette révolution. Lev suit les pas de son illustre aîné. Grâce à son talent et une plus forte médiatisation, le gardien de l’URSS va faire oublier le portier magyar.

Merci le Hockey!

Qualifié de « passoire » à ses débuts, Lev va profiter de son expérience du hockey pour progresser. Pendant plusieurs décennies, la formation des gardiens de football bénéficie des apports du hockey sur glace. L’école de l’Est adopte des éléments du hockey dans l’approche du gardien de but. Tout comme au jeu de crosses, le gardien de but doit être mobile, maîtriser à la perfection la fermeture des angles et surtout être doté d’une grande robustesse. Une approche du poste qui permit également au gardien de but d’être intégré au processus tactique de l’équipe. Une philosophie évidemment plus facile à appliquer lorsque votre gardien maîtrise les principes de jeu du hockey. Après un temps d’adaptation et grâce à son passé de hockeyeur, Yachine maîtrise naturellement l’approche innovante du poste.

https://youtu.be/Crdat6VM2HA

Outre les apports tactiques et techniques du hockey sur glace, Lev va progresser sur le plan physiologique. Il perfectionne une souplesse et une vivacité déconcertante pour ses contemporains. Ses qualités naturelles et sa formation particulière font de Yachine le gardien parfait des sixties. Icône des années 60, période de mutation et de modernisation profondes dans la société, Yachine incarne lui aussi une modernité footballistique. Le physique de Yachine impressionne au cours de sa carrière. Pour l’époque, Lev Yachine est très grand (1m83) et démontre une aisance dans le jeu aérien qui fascine les amoureux du ballon rond. Capable d’aller au contact sans faire de roulé-boulé et de dégâts (coucou Anthony Lopes !), l’Araignée Noire tissait sa toile et s’affirmait comme le patron de sa surface de réparation. Si les 18 mètres étaient sa forteresse, les alentours étaient également l’un de ses terrains de jeu préféré. Capable de couvrir ses défenseurs, Yachine s’est souvent aventuré en dehors de sa surface et fit admirer son jeu de tête. Une évolution tactique qui le força à abandonner sa casquette au grand dam de Thomas Price, le mur d’Olive et Tom (Genzō Wakabayashi en VO), car en effet, pas facile de faire une tête avec un couvre chef. À partir de ce moment, de nombreux joueurs vont abandonner la casquette dans la panoplie du joueur de football. D’un point de vue vestimentaire, Lev avait aussi son propre style. En plus de son accoutrement à la tête, Yachine arborait une tunique noire devenue mythique. Gyula Grosics lui aussi portait ce maillot, mais là encore c’est Yachine qui est resté dans les mémoires comme le portier à la tenue noire. Un habillement qui renforce le mythe  et fit des émules. Jean-Paul Bertrand Demanes nous confiait ainsi récemment qu’il voulait s’habiller comme Lev Yachine.

Yachine a su maîtriser les prémices de la mutation du poste. Le gardien pouvait être lui aussi un joueur de champ. Ses exploits dans les cages lui valurent le respect de ses adversaires. Pour eux, Yachine était un gardien complet, comme le disait Gordon Banks : « Il (Yachine) a été le modèle du poste pour les dix ou quinze années suivantes. Je me visualisais en train de faire certaines choses qu’il faisait. Même si j’étais déjà en première division, j’apprenais de lui.»

Lev Yashin, le grand monsieur du football soviétique
Yachine à la parade (Vice)

Sur le terrain, Yachine dégageait une aura et diffusait de la confiance auprès de ses partenaires. Pelé a été marqué par la présence et la stature du portier soviétique : « Il dominait tous les joueurs sur le terrain, narre le sorcier brésilien, il passait des matchs entiers à hurler des ordres à tout le monde ».

Lev Ivanovich a marqué de son empreinte le patrimoine footballistique. En plus de ses qualités intrinsèque de gardien, Lev a apporté une nouvelle dimension au poste. Si Yachine est une légende du jeu, il reste une figure historique dans son pays.

Lev Yachine le Tsar des gardiens de but, partie III à suivre…


Photo couverture: L’Equipe


Vous avez manqué l’épisode 1 ? Pas de panique, il est juste ici !

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