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27 August 2021


“Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne puisse résoudre.”

Si l’ancien président Jacques Chirac était friand de cet aphorisme d’Henri Queuille, il semblerait que Mauricio Pochettino le soit aussi. Confronté dans son effectif à une cohabitation de luxe entre Keylor Navas, triple vainqueur de la Ligue des Champions et auteur de deux très belles saisons sous le maillot parisien et Gianluigi Donnarumma, récent vainqueur du championnat d’Europe des nations, élu meilleur gardien et meilleur joueur du tournoi – excusez du peu -, l’entraîneur parisien a finalement dévoilé la hiérarchie de son groupe de portiers pour la saison, tant en Ligue 1 qu’en coupe nationale et Ligue des Champions : il n’y en aura pas !

Coup de folie ou coup de génie du technicien argentin dans un club qui a eu toutes les peines du monde durant des années à stabiliser la défense de ses filets ? Pochettino peut-il faire fonctionner quelque chose qui a toujours échoué à Paris, à savoir la concurrence à 100% entre portiers ? Rien n’est moins sûr mais pour le moment, cela ressemble plus à une pénalité bottée en touche par un demi de mêlée dans un match de rugby. On peut d’ailleurs le souhaiter, mais reprenons les faits et, alors que le PSG vient d’apprendre quels seront ses adversaires en Ligue des Champions (Manchester City, RB Leipzig et Club de Bruges), tâchons d’y regarder de plus près.

ON NE PREND PAS LES MÊMES MAIS ON RECOMMENCE ?!

Depuis 2015 et l’arrivée de Kevin Trapp dans l’effectif du club parisien pour concurrencer Salvatore Sirigu, c’est le boxon dans sa surface de réparation. Sirigu, Trapp, Areola et Buffon, ils ont tous été “cramés” par l’indécision des staffs successifs du PSG. A ne vouloir froisser personne, ils n’ont mis en confiance aucun de leurs portiers et ont dû, année après année, en assumer les conséquences sur le pré. Trapp à Barcelone, Areola et sa fameuse série “1 tir cadré, 1 but”, Buffon en Ligue des Champions comme en Ligue 1… tous ont fait les frais d’une hiérarchie non définie, et le PSG aussi !

Donnarumma aura beau déclarer au Canal Football Club qu’il y a “toujours de la concurrence dans les grandes équipes” et qu’il n’y aura “aucun problème”, ce discours sonne plus comme une campagne de communication organisée par le club vice-champion de France que comme les réelles ambitions de l’ancien milanais que ce dernier n’a finalement pu réellement cacher qu’à demi-mots lors de ce même entretien au CFC : “mon objectif est de devenir le meilleur (…) Keylor est un gardien exceptionnel mais je suis ici pour jouer et je vais donner le meilleur de moi-même pour être titulaire (…) je suis prêt à jouer, plus que prêt !”.

Bref, on l’a bien compris, et Navas aussi : Donnarumma est là pour jouer ! Alors, même si on ne doute pas de la capacité des deux portiers parisiens à se respecter, leur mise en concurrence risque bon gré mal gré de les desservir à l’un comme à l’autre, tout comme elle risque fortement de pénaliser le PSG compte tenu de l’historique récent du club de la capitale, mais surtout et avant tout en raison de l’importance de la stabilité au poste de portier.

C’est d’ailleurs ce que confirme Thierry Barnerat, instructeur FIFA pour les gardiens de but dans une vidéo sur Twitter dans laquelle il décrypte le but encaissé par Navas face à Brest tandis que Donnarumma prenait place sur le banc de touche : “amener la concurrence chez les gardiens, c’est la méconnaissance des responsabilités des portiers et surtout de la pression psychologique (…) C’est inhiber les forces de chacun de ces deux gardiens magnifiques.”

Un discours qui trouve écho chez Habib Beye, consultant sur la chaîne cryptée  : “On ne se rend pas compte, mais l’impact d’une petite erreur ou ne pas être décisif peut avoir une grosse répercussion dans le choix. Là, il y a l’alternative Donnarumma. Cela veut dire que désormais Navas joue à chaque fois avec cette épée de Damoclès “si je passe à côté, si je suis moyen, c’est Donnarumma qui rentre”.”

À la lumière de la faute de main du gardien costaricien du Paris Saint Germain le week-end dernier sur un ballon qu’il aurait sûrement détourné la saison passée, difficile de dire le contraire. L’heure semble donc venue pour Pochettino de faire un vrai choix, celui qui permettra à Navas et Donnarumma de cohabiter au PSG.

LE REAL MADRID ET LE FC BARCELONE L’ONT DEJA FAIT

En 2013, Carlo Ancelotti, alors entraîneur du Real Madrid, doit faire avec un duo Iker Casillas – Diego Lopez difficile à départager. Le technicien italien tranche alors et convoque le premier nommé pour lui annoncer sa décision : Diego Lopez sera titulaire en championnat, laissant sa place au Santo del Madrid pour les matchs de Coupe du Roi et la conquête de La Decima sur le vieux continent.

Raillée, décriée, cette décision a pour sûr un bienfait : les choses sont claires pour chacun des portiers et ils vont tout deux pouvoir travailler dans la sérénité pour le bien du club Merengue. Opération réussie puisque le club espagnol finit 3e de Liga et remporte Ligue des Champions et la Coupe du Roi face respectivement à l’Atletico Madrid et au Barça. Un coup de maître signé Ancelotti.

En 2014, c’est chez le grand rival que se présente une situation similaire malgré des raisons différentes. Alors que Victor Valdes a quitté le FC Barcelone, le club catalan lui cherche un digne remplaçant, et c’est ainsi que les Blaugrana voient arriver Claudio Bravo et Marc-André Ter Stegen. Le premier est plus expérimenté et c’est donc à lui que sont confiés les filets du Barça en Liga, mais Ter Stegen n’est pas pour autant mis de côté puisqu’il se voit confier les matchs de Coupe du Roi et de Ligue des Champions. Une répartition des tâches clairement définie par le staff de Luis Enrique qui permet à ses deux portiers de travailler sereinement de concert, en sachant que chacun aura sa part du gâteau et qui soulage de la pression psychologique d’une concurrence entre gardiens.

Résultat des courses : triplé Ligue des Champions – Liga – Coupe du Roi pour le Barça dans une saison où, toutes compétitions confondues, Claudio Bravo aura disputé 37 matchs, remportant le Trophée Zamora de meilleure défense du championnat, et Ter Stegen 21. Une gestion d’exception, mais qui ne dure qu’un temps, puisqu’après deux ans patiemment sur le banc, le portier allemand pousse le FC Barcelone à choisir ou le laisser partir. Il reste finalement au club laissant à Bravo le loisir de plier bagages pour rejoindre Manchester City.

L’alternance entre les gardiens n’a donc rien d’une nouveauté et a déjà été pratiqué avec un franc succès, notamment de l’autre côté des Pyrénées, mais contrairement aux parisiens, les gardiens savaient d’entrée à quoi s’attendre et ont donc pu s’exprimer librement sur le pré, sans pression psychologique additionnelle qui les aurait perturbé et probablement empêché de performer comme ils l’ont fait.

Le PSG saura-t-il s’en rendre compte et prendre les mesures qui s’imposent pour permettre à Navas et Donnarumma de défendre les filets du club avec sérénité ? On ne peut que le souhaiter car, s’ils jouent libérés, ces deux-là sont capables l’un comme l’autre de prouesses et d’exploits dont seuls les plus grands ont le secret.

A QUI LA FAUTE ?

Si le Paris Saint Germain se retrouve dans cette situation, c’est avant tout à cause d’une opportunité de marché. Faire signer Donnarumma gratuitement, ou plus précisément sans indemnnité de transfert, alors que le jeune portier italien n’a que 22 ans mais déjà 215 matchs de série A au compteur, vient de remporter l’Euro avec sa sélection nationale en étant élu meilleur gardien ET meilleur joueur du tournoi, il aurait fallu être fou pour ne pas sauter sur l’opportunité.

Sauf qu’une arrivée se prépare et c’est peut-être bien là que le bas blesse du côté du Parc des Princes, car lorsque le gardien en place s’appelle Keylor Navas, vainqueur de trois Ligues des Champions consécutives avant de permettre au PSG de toucher du doigt ses rêves de gloire européenne en accumulant les performances de haut niveau, on ne peut pas le pousser sur le banc sans ménagement.

À ce petit jeu, si les supporters parisiens ont les yeux rivés sur Léo Messi en ce début d’année, c’est sur un autre Léo que pourrait se porter le regard des portiers, et celui-ci est brésilien. Léonardo, directeur sportif du Paris Saint Germain, peut se réjouir d’un riche mercato à moindre coût, mais s’assurer en amont de l’équilibre du groupe ne fait-il pas partie de ses attributions ?

Le plan d’action original du PSG était en effet le suivant : signer Donnarumma gratuitement, le prêter pendant un an tandis que Navas réalisait un dernier tour de piste  au sein du club parisien, avant de faire revenir l’italien et de l’installer définitivement sous les bois parisiens. Un plan bien pensé mais bien mal exécuté puisqu’à l’arrivée, José Mourinho, nouvel entraîneur de l’AS Rome, a décliné le prêt du néo-parisien au profit du transfert de son compatriote portugais Rui Patricio. Léonardo semble alors s’être retrouvé sans solution de repli, laissant à Pochettino le soin de se dépatouiller avec ses deux immenses portiers pour une seule et même cage à garder. L’art et la manière de refiler le bébé !

BON COURAGE MAURICIO !

Vous l’aurez compris, le duo fraternel Navas / Donnarumma pourrait rapidement tourner au duel fratricide si l’entraîneur argentin du club de la capitale ne tranche pas rapidement. Déjà en charge d’un vestiaire aux égos surdimensionnés, il ne faudrait pas que s’ajoute à cela le retour des problèmes dans la cellule gardiens et qu’au fil de la saison, le Paris Saint Germain devienne, et ce sera le MO de la fin, un Paris Sans Gardien.

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photo de couverture : LeParisien.fr

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