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7 May 2021


Christophe Revault s’en est allé retrouver ses aînés Bruno Martini et Daniel Eon au paradis des portiers, plongeant la confrérie des gardiens dans l’émoi d’un départ si soudain aux raisons encore obscures. Retrouvé sans vie à son domicile ce jeudi 6 mai, l’homme aux 479 matchs en professionnel n’avait que 49 ans.

LA PEPITE HAVRAISE

Né à Paris, c’est au Havre que Christophe Revault fait ses armes. Centre de formation, quatre matchs de D2 et des débuts tonitruants en D1 face au PSG à seulement 20 ans, le club normand fera patienter sa pépite deux années supplémentaires dans l’ombre de Fabien Piveteau. Ce dernier transféré à Monaco, Revault peut enfin laisser éclater son talent au grand jour.

Multipliant les exploits et autres performances de haut vol dans les buts du club normand tout au long de la saison, il se voit décerner, à seulement 22 ans, l’Étoile d’Or France Football des gardiens de D1, une distinction qu’il recevra 3 années consécutives, saluant ainsi ses prouesses et récompensant sa régularité malgré les résultats moyens du Havre au classement (14ème, 13ème, 14ème). À l’été 1997, le PSG frappe à sa porte pour prendre la succession de Bernard Lama.

PARIS, DU RÊVE AU CAUCHEMAR

Impossible de refuser pour le natif de la capitale, mais la marche va se révéler trop haute pour Christophe Revault qui ne restera qu’un an, traumatisé par la soirée du 22 octobre 1997 et un match des ligue des Champions cauchemardesque à Munich.

Après un premier but encaissé d’entrée de jeu, Revault commet deux grossières erreurs avant que les allemands ne corsent l’addition (5-1), anéantissant les rêves parisiens de Revault : “J’ai fait les choses bien, j’ai attendu un mercredi soir de Ligue des Champions, télévisé, alors c’était parfait. J’en ai pris 5 ce soir-là, c’était un jour sans […] On n’a plus envie que le ballon vienne vers le but. On se dit que l’on bosse depuis toujours pour en arriver là, jouer à Munich c’était un rêve de gosse. Les gars me tapaient dans le dos, c’était sympa mais plus on te tape dans le dos, plus tu comprends le poids de tes erreurs.”

Irrégulier, en manque de confiance, – il dira lui même quelques années plus tard qu’il n’était “peut-être pas taillé pour un grand club”. Il est supplanté en cours de saison par Vincent Fernandez et ne disputera finalement que 28 matchs avec son club de cœur avant de rejoindre le Stade Rennais, dans l’espoir de s’y relancer.

RENNES, UN BOL D’AIR

Titulaire au détriment du chouchou local Tony Heurtebis, Christophe Revault reprend confiance et, match après match, retrouve son niveau d’antan. Il est à nouveau performant et décisif, pour le plus grand bonheur des supporters du club tout juste racheté par la famille Pinault.

Malheureusement, le 25 avril 1999, il est coupé dans son élan sur la pelouse de Lyon, victime d’une rupture des ligaments croisés, et doit s’absenter des terrains pour 6 mois. De retour dans les cages rennaises en tant que titulaire, le club lui signifie cependant dès la fin du championnat qu’il ne sera pas conservé et Christophe Revault voit débarquer une ancienne connaissance… Bernard Lama. Pas question de jouer les doublures de luxe pour celui qui veut prouver qu’il peut s’imposer comme titulaire au plus haut niveau. Il s’engage alors avec Toulouse, tout juste promu en D1. Il y deviendra une légende.

TOULOUSE, LA VIE EN ROSE, OU PRESQUE

Christophe Revault débarque donc dans la ville rose à l’âge de 28 ans et plein d’entrain. Sa première saison au club est un cauchemar éveillé : Toulouse termine 18e et se voit relégué directement en National par la DNCG, le gendarme financier du football français. L’heure d’un nouveau départ ? Hors de question, Christophe Revault n’est pas de ceux-là. Il jure fidélité au TFC et s’empare du brassard de capitaine pour mener les troupes toulousaines et les guider vers un retour au plus haut niveau. La marque des grands.

Impérial en National, décisif l’année suivante, Revault remporte avec Toulouse le titre de champion et est élu meilleur gardien de Ligue 2 en 2003 lors des trophées UNFP. De retour en Ligue 1, il réalise deux saisons pleines. Son charisme, sa fidélité, sa grande gueule et la célébration de ses arrêts – fait rare pour un gardien – lui valent le respect de tous, supporters et amateurs de ballon rond.

Malheureusement pour le capitaine toulousain, son genou va céder lors d’une rencontre face à Nantes en février 2006. Nouvelle rupture des ligaments croisés pour le portier de 33 ans qui doit céder sa place à Nicolas Douchez qui réalise un intérim de haut vol et bouscule la hiérarchie. Elie Baup, tout juste débarqué dans la ville rose confirme Douchez dans les buts. Après plus de 200 matchs sous le maillot toulousain et un statut de légende du club, Revault repart à Rennes en tant que numéro 2 pour épauler le jeune Simon Pouplin. S’il respecte son engagement et ne dispute pas le moindre match lors de la saison 2006-2007, Revault a encore faim de compétition et décide de relever un ultime défi là où tout a commencé pour lui…

LE HAVRE, DERNIER ENVOL

Le projet du club est clair : Le Havre, alors en Ligue 2, doit retrouver sa place dans l’élite du football français. Séduit par cette ambition qui correspond si bien à son âme de compétiteur, Christophe Revault retrouve ses jambes (et ses gants) de 20 ans, réalisant une saison de toute beauté dans les buts havrais. Le plus vieux club français retrouve sa place dans l’élite et Revault est élu meilleur gardien de Ligue 2 lors des trophées UNFP. A 35 ans et après deux ruptures des ligaments croisés, pardonnez du peu !

Malheureusement, la carrière de Revault est faite de gloires et déboires et cette troisième montée de sa carrière en Ligue 1 est un calvaire. Derniers du classement, les havrais sont condamnés à retourner en Ligue 2, le purgatoire du football français et Revault doit de nouveau céder sa place à un jeune talent, Johnny Placide, qu’il encadre avant de raccrocher les gants en mai 2010 à l’âge de 38 ans, au terme d’une carrière qui se sera étendue sur deux décennies.

Pression médiatique, blessures, montées, descentes, Christophe Revault aura tout connu durant sa riche carrière. Passionné par le jeu, il aura su rebondir face aux difficultés sans jamais renoncer et restera dans l’organigramme du club havrais, occupant les fonctions de directeur sportif et assurant, à deux reprises, l’intérim au poste d’entraîneur principal. Il obtiendra d’ailleurs des résultats probants, sans jamais souhaiter conserver ce rôle qui ne l’attire guère et laissant sa place sur le banc à d’autres entraîneurs. Un homme de devoir, un exemple à suivre.

Reposez en Paix Monsieur Revault, le football français et ses gardiens ne vous oublieront pas.

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Toute l’équipe de Main Opposée présente à sa famille, ses amis et à ces clubs qu’il aura marqués de son empreinte ses plus sincères condoléances.

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Palmarès
– Vainqueur de la Coupe de France avec le Paris SG (1998)
– Vainqueur de la Coupe de la Ligue avec le Paris SG (1998)
– Champion de France de L2 avec Toulouse (2003)
– Champion de France de L2 avec Le Havre (2008)

Distinctions personnelles
– Étoile d’Or France Football en 1995, 1996 et 1997
– Élu meilleur gardien de L2 aux Trophée UNFP en 2003 avec le TFC et en 2008 avec Le Havre

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Photo de couverture : huffingtonpost.fr

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