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4 March 2021


Petit quizz : si l’on vous dit “gardien allemand ayant évolué en Premier League”, vous répondez… Jens Lehmann ? Mauvaise réponse. Allez, chez Main Opposée nous sommes sympas, nous vous laissons une dernière chance… Bernd Leno ? NEIN ! Les deux portiers germaniques des Gunners ont suivi les pas d’un illustre ancien devenu une légende du football anglais, un portier dont on vous propose de découvrir la carrière aujourd’hui.

Dans les années 1950, un dernier rempart venu tout droit d’Outre-Rhin va déchaîner les foules anglo-saxonnes. Ce gardien, c’est Bernhard Carl Trautmann, surnommé Bert. Sa carrière a marqué et marque encore aujourd’hui les esprits Outre-Manche. De par ses performances sportives et son histoire personnelle, Trautmann ne laisse personne indifférent. Arrivé en Angleterre avec un Stahlelm sur la tête (c’est le nom du masque que portaient les soldats allemands durant la seconde guerre mondiale), les Anglais retiendront de lui son maillot de gardien et son style atypique. Retour sur la vie d’un gardien légendaire, beaucoup trop méconnu.

Jeunesse et endoctrinement

Bert est né à Brême, le 22 octobre 1923. Il naît dans un contexte allemand délicat, traversé par une instabilité politique et une crise économique sans précédent. Pourtant, le jeune Bernhard connaît une enfance heureuse auprès de sa famille. Dès son plus jeune âge, il est passionné par le sport et assiste, dès l’âge de 5 ans, à des rencontres en compagnie de son père. Bert passe à la pratique à 10 ans et, en plus du football, il s’adonne au handball.

En 1933, Hitler devient chancelier de la République de Weimar, une arrivée au pouvoir qui sonne la fin de la démocratie en Allemagne. Les jeunesses hitlériennes (fondées en 1922, puis supprimées en 1923 avant d’être refondées en 1926) sont organisées par le parti nazi. Elles sont alors étendues à l’ensemble du pays avec l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir. Agé de 10 ans en 1933, Bert doit participer aux jeunesses hitlériennes.

Bert est grand, blond et athlétique, en soi l’incarnation du parfait aryen pour le régime nazi. À seulement 10 ans, Trautmann n’a pas conscience de la symbolique et de l’endoctrinement des jeunesses hitlériennes. Pour lui, c’était tout simplement une journée où il pratiquait de nombreux sports.  À 15 ans, il s’était distingué dans plusieurs disciplines comme le 60 mètres, le lancer de grenade et le saut en longueur. Toutefois, l’innocence de Bert  va s’estomper lorsqu’il décide de partir au front lors de la Seconde Guerre mondiale.

L’expérience sur le front

En 1940, Trautmann, alors âgé de 17 ans, rejoint la Luftwaffe (l’armée de l’air allemande) pendant trois ans et combat sur le front russe. Tout d’abord opérateur radio, Bert devient parachutiste. Il fait face aux conditions climatiques extrêmes de l’hiver russe au cours duquel des milliers de soldats allemands décèdent d’hypothermie. Bert souffre lui de gelures au niveau des pieds et des oreilles. Outre ses souffrances physiques, Bert vit une expérience traumatisante sur le plan psychologique. En octobre 1941, alors qu’il est en patrouille avec un autre soldat allemand, Bert trouve des juifs massacrés par les Nazis. Pour la première fois de sa vie, Trautmann voit des cadavres de civils. Plus tard, Bert avouera avoir été marqué par cette expérience, à tel point qu’il aurait pu envisager le suicide s’il avait été plus vieux en 1941. Après la défaite allemande à Stalingrad en 1943, Bert retourne à Brême auprès de sa famille. Une trêve de courte durée puisqu’il reprend les armes en 1944 pour se battre en Normandie après le Débarquement.

De prisonnier de guerre à gardien de but

Au printemps 1945, Trautman est capturé par les Américains. Lors d’une tentative d’évasion, Bert est de nouveau stoppé mais cette fois-ci, ce sont les Britanniques qui l’arrêtent. En avril 1945, Trautmann est transféré dans un camp de prisonnier dans le Cheshire, au nord-ouest de l’Angleterre. Dans ces camps de prisonniers, les Allemands sont interrogés par les autorités britanniques afin de déterminer le degré de croyance des soldats en l’idéologie nazie. Son statut de parachutiste lui vaut d’être automatiquement classé prisonnier noir, c’est à dire qu’il est considéré comme un soldat profondément marqué par l’idéologie nazie. Après son évaluation, il est rabaissé en catégorie C. Les Britanniques estiment que Bert a été endoctriné dès sa jeunesse au nazisme. Deux mois plus tard, Trautman rejoint un nouveau camp de prisonniers de guerre où  il travaille dans le secteur agricole.

Bert en maillot de gardien et en tenue de guerre (source : backtonormandy.org)
Bert en maillot de gardien et en tenue de guerre (source : backtonormandy.org)

En 1946, un gardien de prison écossais du camp de Bert organise une rencontre de football entre deux centres de détention pour les soldats allemands. Devant le succès de ces matchs, des équipes locales sont invitées à participer aux festivités. Bert joue au milieu de terrain mais se blesse lors de l’un de ses matchs. Il décide donc d’intervertir de place avec le gardien de but. Une blessure qui change à jamais le destin de Trautmann. Très vite, le gamin de Brême démontre son habilité dans les cages. Ses performances suscitent un grand intérêt auprès de la population locale. Les Anglais, passionnés de football, assistent aux rencontres des prisonniers germaniques et sont près de 2 000 à prendre place dans les tribunes. De ce point de vue, le football a eu un impact sur la perception de la société anglaise d’après-guerre vis-à-vis des Allemands. Les rencontres des prisonniers de guerre sur le sol anglais ont permis de contribuer à une fraternisation entre Allemands et Britanniques. Le ballon rond influence ainsi un mouvement britannique demandant le rapatriement des prisonniers allemands dans leur Germanie natale.

Le 18 décembre 1946, le gouvernement britannique autorise les prisonniers de guerre allemand à fêter Noël dans des familles anglaises. Ce geste s’inscrit dans le mouvement de fraternisation amorcé entre Anglais et Allemands. Pour Bert, cette expérience lui permet de découvrir la liberté et la démocratie dans une société britannique. Il avait l’habitude de dire que son “éducation a débuté au Royaume-Uni“. Lors des matchs des prisonniers allemands, Bert attirait les foules, d’une part pour son habilité dans les buts, et d’autre part pour son physique avantageux lui valant d’ailleurs la sympathie des Anglaises. C’est au cours de ces matchs qu’il rencontre son premier amour, Marion Green.

Fin 1947, un quart des prisonniers allemands sont rapatriés dans leur pays. Ils quittent les camps de prisonniers où ils ont été “rééduqués” dans le but de construire une Allemagne démocratique et libre. Toutefois, 24 000 prisonniers décident de rester au Royaume-Uni. Parmi eux, Bert Trautmann. Il accepte de participer à l’effort de reconstruction sur le sol anglais en travaillant à la ferme. En juillet 1948, sa fille Freda naît de sa liaison avec Marion Green. Paniqué, Bert décide de partir. Les obligations matrimoniales lui font craindre de perdre sa liberté récemment acquise. Il ne se marie pas avec Marion et décide de s’éloigner de sa famille.

La signature à Manchester City : en route vers la légende

Si sa vie privée est assez mouvementée, Bert connaît plus de réussite sur les pelouses anglaises. Il signe dans le club de Saint Helens où il continue d’éblouir les foules grâce à ses performances exceptionnelles et plusieurs scouts de grands clubs prennent place dans les gradins pour le voir évoluer. En octobre 1949, Trautmann signe à Manchester City où son arrivée suscite la controverse auprès des fans des Sky Blues. Un mouvement protestataire émerge, une contestation principalement issue de la communauté juive de Manchester, mais aussi d’une part de la population anglaise. Ces deux groupes sociaux sont encore traumatisés par la Seconde Guerre mondiale et sont habités par un sentiment xénophobe tenace envers les Allemands. Des manifestations sont alors organisées aux alentours du stade. Même si la guerre est terminée, elle continue toujours dans les esprits.

“There’s no war in the dressing room”

Bert n’est pas forcément bien accueilli dans le vestiaire, certains joueurs de City ayant combattu les Allemands en Normandie. Pour détendre l’atmosphère, le capitaine de l’équipe, Eric Westwood, accueille Bert les bras ouverts : “There’s no war in this dressing room”. Traduction : “Il n’y a pas de guerre dans le vestiaire“.

Les performances de Bert vont rapidement faire taire les polémiques sur son arrivée. Son style de jeu détonne. Capable d’envolées aériennes spectaculaires, Trautmann est loué pour sa vaillance. S’inspirant du portier hongrois Gyula Grosics et sans doute influencé par son passé de joueur de handball, le dernier rempart allemand privilégie les relances à la main, très peu utilisées dans les années 50.

Matt Busby, manager de Manchester United, rival de City, vante l’anticipation de Bert. Pour le technicien écossais, il ne fallait pas réfléchir si l’on se retrouvait face à Trautmann :  “Ne pensez pas à là où vous voulez tirer avec Trautmann. Frappez d’abord et pensez ensuite. Si vous levez les yeux et frappez, il lira dans vos pensées et arrêtera votre tir“. Bert impressionne aussi les observateurs par sa capacité à se jeter dans les pieds adverses la tête en avant. Dans les duels, Trautmann profitait du moindre déchet de l’attaquant pour s’interposer dans les pieds. Avec un taux de réussite de 60 % au cours de sa carrière, le gardien allemand s’est également avéré décisif sur les penaltys. Son courage lui vaut l’admiration des Anglais, une vaillance que Bert tire sans doute de son expérience sur le front.

Trautmann devient l’idole des gamins des rues de Manchester. Tous les jeunes britanniques veulent être Bert dans la cour de recréation. La popularité du gardien allemand de Manchester City lui permet de devenir le modèle de futurs grands gardiens britanniques. C’est le cas de Bob Wilson, premier international écossais à être né en Angleterre et gardien d’Arsenal entre 1963 et 1974. Pour l’anecdote, à cause de la nationalité de son idole, Bob Wilson cachait à son père l’admiration qu’il vouait à Trautmann. En effet, le père de Wilson fut traumatisé par la guerre après avoir perdu deux ses fils durant le conflit mondial.

En janvier 1950, Manchester City se déplace à Fulham et pour la première fois, Bert dispute une rencontre à Londres. Le gardien subit un accueil hostile de la part des supporters londoniens et de la presse nationale. Bert prête peu attention au contexte et réalise une incroyable prestation. Après l’avoir conspué au début de la rencontre, les supporters de Fulham applaudissent les exploits de l’Allemand. Toujours en 1950, Bert épouse Margaret, fille du secrétaire du club de St Helens avec laquelle il aura un fils, John. Même si Bert réalise des prouesses sur le rectangle vert, Manchester City est relégué en seconde division. Le club mancunien retrouvera l’élite anglaise dès la saison suivante.

En 1955, Bret écrit l’Histoire en devenant le premier joueur allemand à disputer une finale de FA Cup face à Newcastle, une finale à laquelle assiste la famille royale et la famille de Bert, elle aussi présente dans les gradins de Wembley. Malgré les parades de grande classe de Bert, Manchester City s’incline sur le score de 3 buts à 1. Bien qu’il soit professionnel, Bert ne roule pas sur l’or. Il doit faire les trajets en bus pour participer aux entraînements. Une expérience enrichissante pour Bert, qui apprécie une certaine liberté tout au long du trajet.

Gagner une FA CUP avec le cou brisé

L’année 1956 va définitivement forger la légende de Bernhard. En mai 1956, Manchester City est opposée à Tottenham en demi-finale de la FA Cup et une action va défrayer la chronique. Bert loupe sa sortie aérienne et accroche les jambes de son adversaire en retombant. Les spectateurs crient au penalty, l’arbitre ne désigne pas le point blanc aux 11 mètres. Ce fait de jeu va raviver la haine envers l’allemand, Bert est alors menacé de mort. Qualifié dans la controverse, City atteint pour la deuxième année consécutive la finale de la FA Cup. Opposés à Birmingham, les Sky Blues remportent la finale. Toutefois, un incident va entrer dans la légende de Wembley.

Lors d’une énième sortie courageuse dans les pieds, Bert entre en collision avec le genou de l’attaquant adverse. Sans le savoir, Bert vient de se briser le coup. Le choc a fait fusionner la deuxième et troisième vertèbre. Au total, ce ne sont pas moins de cinq vertèbres qui sont fracturées.

Bert ne le sait pas pas encore, mais il vient de remporter la FA Cup avec un cou brisé (source : NYTimes.com)
Bert ne le sait pas pas encore, mais il vient de remporter la FA Cup avec un cou brisé (source : NYTimes.com)

À quelques millimètres près, Bert aurait pu être paralysé, voire mourir sur le rectangle vert. Même s’il ne distinguait pas les personnes, Bert termine la rencontre. Rappelons en effet qu’il n’y avait pas de remplacement à l’époque. Plus tard, le gardien allemand s’avouera chanceux de ne pas avoir aggravé son cas, en particulier lorsqu’il partit chercher sa médaille dans la tribune officielle de Wembley. La moindre tape amicale des supporters sur son dos aurait pu – sans mauvais jeu de mot – le tuer sur le coup ! Son état inquiète, même le prince Philipp qui, présent dans les tribunes, vient aux nouvelles. Le lendemain de la finale, Bert se plaint de douleurs au niveau de la nuque, il décide donc d’aller à l’hôpital où on lui diagnostique un simple torticolis.

Après avoir impressionné tous les observateurs lors de la victoire en FA Cup, Bert est nommé footballeur de l’année 1956 par la Football Writers’Association (FWA, association de journalistes sportifs et correspondants anglais). Il devient ainsi le premier gardien de l’Histoire à recevoir cette récompense, montrant ainsi la voie à Gordon Banks (Stoke City) , Pat Jennings (Tottenham), Neville Southal (Everton), respectivement lauréats en 1972, 1973 et 1985.

Deux jours après la finale, Bert est acclamé par la foule rassemblée dans les rues de Manchester pour célébrer les footballeurs de City. Au cours de cette parade, Bert ignore toujours la gravité de son état de santé. Ressentant de vives douleurs, Bert retourne à l’hôpital le mercredi. Après une radio, les médecins constatent l’étendue des dégâts. Bert est immédiatement opéré. Le gardien originaire de Brême oscille entre la vie et la mort durant trois semaines. Il est alors placé dans une chaise qui le couvre de la tête aux pieds.

Bert en convalescence (source : Der spiegel)
Bert en convalescence (source : Der spiegel)

Le corps médical lui fait comprendre qu’il ne pourra certainement jamais rejouer au football. Résidant à l’hôpital le temps de sa convalescence, Bert va apprendre le décès de son fils John, alors âgé de 5 ans, renversé par une voiture. L’épouse de Bert assiste à la scène, une image ancrée en elle à jamais. Elle ne s’en remettra pas, conduisant à la dissolution de son union avec Trautmann.

Convalescence et fin de carrière

Après six mois de récupération, Bert rejoue au football malgré les contre-indications des docteurs. Lors du Noël 1956, Bert reprend la compétition, une nouvelle fois contre l’avis médical. Après une saison 1956 -1957 en demi-teinte, Bert retrouve son niveau lors de la saison 1957-1958. En 1964, il décide de quitter son club et s’offre alors un jubilé avec le maillot de Manchester City devant près de 47 000 spectateurs, tous venus saluer leur gardien légendaire.

Son nom attirant toujours autant les foules, il rejoint alors le club de Wellington Town, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Malheureusement, cette expérience est de courte durée puisque dès son deuxième match, il est expulsé pour comportement violent envers un adversaire. Un caractère bien trempé qu’on lui reprocha souvent tout au long de sa carrière et qui ne passe pas au pays du Fair-Play et des “gentlemen”.

Jouant dans le championnat anglais, Bert n’a jamais été convoqué avec sa sélection mais participa tout de même à des compétitions internationales dans des rôles annexes. Il est interprète de la RFA en 1954 lors de la Coupe du Monde en Suisse, puis accompagnateur de l’Allemagne de l’Ouest lors de la Coupe du Monde 1966 organisée en Angleterre, son deuxième pays.

Après avoir pris sa retraite en 1964 à l’âge de 42 ans, l’ancien gardien de Manchester City devient entraîneur de clubs amateurs anglais. D’abord recruté pour son nom plutôt que ses compétences, Bert se rapproche de l’Allemagne pour connaître réellement le métier. En 1972, la fédération allemande de football permet à Bert d’entraîner des pays partenaires de la fédération. Il coache des sélections qui ne disposaient pas de structure nationale pour le ballon rond. Il devient alors sélectionneur de la Birmanie qu’il parvient à qualifier pour les Jeux Olympique de 1972 à Munich. Remplissant les missions confiées par la fédération allemande, Bert devient alors un véritable globe-trotter du football. De 1975 à 1988, Bert va entraîner aux quatre coins de la planète : Tanzanie (1975), Liberia (1978- 1980), Pakistan (1980-1983) et Yémen (1984-1988).

Idole des gamins anglais grâce à son style de jeu, Trautmann a influencé de futurs grands gardiens tels que Bob Wilson ou encore Gordon Banks. Pour le plus Anglais des Allemands, les relations entre ses deux pays de cœur étaient primordiales. Il crée la fondation Bert Trautmann, une fondation anglo-allemande visant à améliorer et préserver les relations entre les deux pays à travers le football. C’est à ce titre que Bert est fait membre honoraire de l’Ordre de l’Empire Britanniques (OBE) en 2004, l’ordre de chevalerie du système honorifique britannique. L’année suivante, Bert intègre le Hall of Fame du football anglais. Profitant de sa retraite en Espagne, il décède en 2013 à l’âge de 89 ans.

Arrivé en pestiféré en Angleterre, le football a permis à Bert Trautmann de devenir une légende Outre-Manche. Malgré une vie privée tumultueuse et un caractère bien trempé, Bert a laissé une marque indélébile dans la riche Histoire du Football Anglais, mais aussi dans la société anglaise. Son parcours de vie, détonnant, suscite logiquement l’intérêt du 7ème art. À l’initiative d’un projet germano-anglais, le film The Keeper (2018) réalisé par Marcus H. Rosenmüller retrace la vie de Bert Trautmann des camps de prisonniers aux pelouses anglaises. Après avoir affronté la xénophobie, Bert est parvenu à forger sa propre légende dans le pays du football, restant à ce jour l’un des plus grands gardiens de l’Histoire du championnat anglais.


Photo de couverture : Fifa.com

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