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14 June 2018


Si “Enquête de perfection” est dévoué à la recherche de l’arrêt parfait, il est impossible de ne pas penser à ce moment là. Ce moment là, vous le connaissez par cœur, vous l’avez vu cent fois, il est gravé dans le marbre de nos esprits pour l’éternité.  Puis, vous le revoyez, et là, le même sentiment que lorsque vous l’avez vu la première fois. C’est peut-être ça la perfection ? Une beauté indémodable, intemporelle, qui échappe à l’érosion cruelle du temps. Une sorte de cosmos parallèle, inatteignable, impassible face à l’entropie constante de notre monde. Si la perfection était une statue, elle serait aussi lisse qu’invisible, aussi éblouissante que fragile, aussi immuable que le temps lui-même.

 

Coupe du monde 1970, l’occasion pour Banks de se mesurer à une autre créature surhumaine. Le roi Pelé, monarque éternel du football, et à jamais le premier des meilleurs. La rapidité d’exécution de cette équipe du Brésil déroute l’Angleterre. Une passe en profondeur, un centre, que Pelé reprend parfaitement d’une tête piquée au second poteau. Et là, le temps s’arrête. Il existe des moments qui défient l’essence même du temps, qui semblent changer les lois de l’univers, comme si leur essence même était justement irréelle. Même les images ne parviennent pas à expliquer ce que l’on voit se produire alors, comme une hallucination générale. La scène se fige, Banks se jette, le ballon sort. Il est impossible de mieux narrer la scène tant le cours du temps a semblé s’interrompre quelques instants.

La fuite du temps, rêve de poète et de portier. Ce temps si meurtrier, qui si souvent nous prend à la gorge avant même de l’entrevoir. Le portier a milles ennemis. Milles entités cherchant à le terrasser encore et encore. Et parmi toutes celles-ci, le temps. Intransigeant, le temps contemple. Impitoyable, le temps punit. Le football, lui, court, file, vole. Deux concepts indéniables desquels découlent une vérité : le portier maudit le temps. Le rêve du portier est simple et impossible : arrêter le temps. Se donner ces secondes qui manquent à l’analyse, la prise de décision et l’action. Contempler une fois la beauté d’un match de football sans se méfier du danger qui file vers lui. Se libérer enfin.

Pourquoi s’attarder autant sur un tel concept ? Parce que cette action est une illustration mots pour mots de ce que qui fut dit précédemment. D’une balle anodine lancée en profondeur surgit un centre tout aussi inattendu, où un coup de casque rocambolesque vient secouer le stade d’une violence inouïe. Une fulgurance de Pelé qui semblait déjà avoir marqué le but dans sa temporalité. Il déclarera alors par la suite : “J’ai marqué un but, mais Banks l’a arrêté”. Une seule explication subsiste : Banks a réussi l’impossible : arrêter le temps. Stopper les grains du cruel sablier, bloquer les aiguilles de l’horloge. De toute façon, c’est la seule explication possible, car ce ballon était tout simplement inarrêtable. Lorsque “Banksy” raconte son arrêt (qu’il explique par un assez fantasque “Banksy, you lucky *****”), lui-même évoque un brouillard lors de la scène. Le temps dans son immense grandeur n’allait pas se laisser exposer aux yeux de tous et créa sans aucun doute ce voile nébuleux devant nos pauvres yeux éphémères. Il semblerait que la perfection requiert du portier un don inhumain. Qu’importe, ce jour-là, Gordon créa la perfection, et ça, le temps ne lui enlèvera jamais.

 

Crédit photo : Dailymail

 

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