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13 November 2022


J-7 avant la Coupe du Monde. Quatre ans que toute la planète football attend la grand-messe du football mondial. 32 équipes, 99 gardiens, Main Opposée vous propose de découvrir ceux qui défendront les couleurs et les filets de leurs pays lors de la compétition pour tenter de détrôner l’équipe de France d’Hugo Lloris, tenante du titre.

Episode 6 : les États-Unis.

Les États-Unis peuvent-ils rêver de remporter le plus précieux trophée de la planète football ? Troisièmes de la première édition de la Coupe du Monde en 1930 les joueurs du sélectionneur national Gregg Berhalter rêvent de faire aussi bien que leurs glorieux aînés, à commencer par leur gardien Matt Turner, héritier de Jimmy Douglas et héros de la Gold Cup remportée l’année passée par Team USA. Pour l’anecdote, Jimmy Douglas n’est autre que le premier gardien de l’histoire à avoir réalisé un clean sheet en Coupe du Monde, maintenant sa cage inviolée face à la Belgique et au Paraguay. Blessé au genou après 4 minutes de jeu lors des demi-finales, il reste sur le terrain, les remplacements étant alors interdits par le règlement, mais ne peut rien face à la Furia Argentina. Défaite 6 buts à 1.

Pour relever le défi historique qui attend les joueurs américains, Gregg Berhalter a donc fait appel à un trio de gardiens dont l’objectif sera dans un premier temps de permettre aux leurs de s’extraire du groupe B lors du premier tour de cette Coupe du Monde durant lequel ils affronteront l’Angleterre, l’Iran et le Pays de Galles.

MATT TURNER, CHALLENGE ACCEPTED !

Deuxième meilleur gardien du championnat américain en 2020, meilleur gardien de la MLS en 2021, Matt Turner est un homme de défi. Au coude à coude avec Zack Steffen pour le poste de titulaire en sélection nationale, il n’a pas hésité à « se mettre en danger » à quelques mois de la Coupe du Monde en débarquant comme numéro 2 à Arsenal l’été dernier, un transfert réglé depuis le mois de février.

Doublure d’Aaron Ramsdale, le néo-gunner risquait ainsi de perdre des points dans la course à la place de numéro 1 dans les buts américains, mais une blessure au genou contractée par Zack Steffen devrait lui assurer la continuité devant les filets de Team USA. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, qui plus est quand on sait que Steffen et le sélectionneur national américain ont cohabité avec succès pendant deux ans au sein du club de Columbus…

Mais Matt Turner n’est pas du genre à faire les choses comme tout le monde. D’abord passionné de basket et de baseball, il ne joue au football que pour le plaisir avec ses amis jusqu’à ses premiers pas à l’Université de Fairfield où le coach principal, Javier Decima, n’hésite pas une seconde : ”Il me rappelait David De Gea. Toute proportion gardée, mais sa manière de s’imposer dans sa surface et dans les airs, ainsi que son physique, rappellent le gardien espagnol.”

Mini De Gea ou pas, Matt Turner passe une année sur le banc et, alors qu’une seconde saison bien assis l’attend, il doit remplacer à la mi-temps et au pied levé son coéquipier, blessé. A 20 ans, il va enfin pouvoir démontrer toute l’étendue de son talent. Malheureusement pour le portier américain, rien ne se passe comme prévu et il commet l’irréparable. Alors que le ballon redescend à pic après avoir heurté la transversale, Turner tente de s’en saisir mais envoie le cuir au fond de ses filets. Une erreur qui laisse des traces lors d’une première et dont il mettra du temps à se défaire. Pour le protéger face aux multiples critiques, son coach le renvoie sur le banc.

À deux doigts de ranger les gants, Turner décide finalement de mettre les bouchées doubles. Il passe ainsi tous ses congés à se perfectionner dans l’espoir de retrouver un poste de gardien et signe finalement comme numéro 3 en 4e division américaine. Pas de quoi pavoiser mais la chance lui sourit lorsque le numéro 1 et le numéro 2 se blessent lors du même match de présaison ! Voilà donc Matt titulaire et cette fois, il sera difficile de l’en défaire, le portier américano-lituanien (il possède la double nationalité) permettant à son équipe d’atteindre les demi-finales du championnat.

Étrangement non retenu par la Draft 2016 malgré une superbe saison, Turner tape dans l’œil de Rémi Roy, entraineur de New England Revolution, lors d’un essai d’une semaine : “Il m’a impressionné dès les premiers jours. Il était une véritable éponge, il retenait tout. Il était capable de faire ces arrêts qu’on n’apprend pas à l’entrainement. Ceux qui changent le cours du match, ceux que tout le monde voit dedans, mais que le gardien réalise quand même. Nous lui avons fait signer un contrat une semaine après son arrivée, et il n’a pas cessé de nous donner raison. Il était très souvent le meilleur à l’entrainement, et il montrait qu’il avait un potentiel qui valait le coup d’être développé. “

D’abord prêté en 2nde division aux Richmond Kickers deux saisons durant, il passe enfin numéro 1 sous les ordres d’un certain Brad Friedel, mais sa joie ne sera que de courte durée. Victime des mauvais résultats de son équipe, il retrouve le banc de touche et doit à nouveau s’employer pour prouver sa valeur. Le changement de coach à l’intersaison fera le reste : Turner retrouve le poste de numéro 1 et cette fois, il ne le lâchera plus, jusqu’à être élu meilleur gardien du championnat en 2021 à l’âge de 27 ans.

Appelé à défendre les filets de Team USA en février 2021 (victoire 7-0 face à Trinidad et Tobago), il revient en sélection nationale six mois plus tard pour disputer la Gold Cup : 6 matchs, 6 victoires dont 5 sur le score d’un but à zéro et le titre de meilleur gardien de la compétition. La juste récompense du travail d’un homme qui, malgré les critiques, n’a jamais renoncé à son rêve. De quoi rêver encore plus grand lors du Mondial ?

Âgé de 28 ans, il lui faudra pour cela encore progresser dans son jeu au pied, mais comme l’explique Javier Decima dans les colonnes d’Arsenal French Club : “Son éthique de travail et sa capacité d’apprentissage vont aider. Matt est le joueur le plus travailleur avec qui j’ai travaillé“. Un sentiment partagé par Rémi Roy pour qui Turner est “un winner. Il a surmonté tellement de challenges dans sa vie sportive, tellement d’obstacles se sont dressés entre lui et son chemin. Il n’est pas du genre à apprécier ce qu’il a accompli, mais plutôt à réfléchir à la suite“.

Réfléchir à la suite, c’est également la tâche qui incombe au sélectionneur national qui, comme nous l’avons vu précédemment, apprécie Zack Steffen depuis de longues années mais, face aux performances de Matt Turner, à la vox populi et à la pression des médias américains qui réclament sa tête si Turner n’est pas titulaire, il y a fort à parier que si Steffen sera bien du voyage, il découvrira le Qatar depuis le banc de touche.

 ETHAN HORVATH, HEROS DE LA NATIONS LEAGUE

Gardien de but de Luton Town en Championship, Ethan Horvath, rarement utilisé par le sélectionneur national, est régulièrement appelé pour prendre place sur le banc de touche. Finaliste de la Gold Cup en 2019 (défaite 1-0 face au Mexique) il se distingue lors de la 1ère édition de la Ligue des Nations de la zone CONCACAF l’année passée. Zack Steffen est alors titulaire dans les buts tandis qu’Horvath prend place sur le banc. Menés au score par deux fois, les Américains finissent par prendre l’avantage à quelques encablures de la fin de la prolongation, mais un penalty sifflé dans les arrêts de jeu aurait pu tout remettre en cause. Zack Steffen, titulaire au coup d’envoi mais blessé et contraint de céder sa place à la 69e minute, voit alors son coéquipier Ethan Horvath, 27 ans également, repousser la tentative du milieu de terrain mexicain Andrés Guardado, permettant à tout un peuple d’exulter et aux USA d’inscrire à jamais leur nom comme premiers vainqueurs de la Ligue des Nations de la CONCACAF. Une belle histoire qui lui permet finalement d’accompagner Matt Turner lors du tournoi planétaire, dans l’espoir de faire aussi bien que leurs glorieux anciens.

SEAN JOHNSON, LE NUMERO 3 QUE L’ON ATTENDAIT PAS

Portier de Manchester City en prêt à Middlesbrough en 2e division anglaise, Zack Steffen aurait pu bénéficier des bonnes grâces de son sélectionneur qu’il a côtoyé avec succès par le passé, mais contre toute attente, il ne montera finalement pas dans l’avion direction le Qatar. En effet, c’est Sean Johnson, 33 ans, qui profite du 3e ticket gagnant et la surprise est de taille car s’il a joué titulaire en juin dernier et s’asseoit depuis sur le banc aux côtés d’Horvath lorsqu’il est convoqué, il n’avait plus joué en sélection depuis… février 2020 !

Capitaine du New York City FC, il a atteint cette saison les demi-finales de la Ligue des Champions de la CONCACAF (éliminé par Seattle : 1-3 à l’aller, 1-1 au retour), ainsi que les demi-finales des Playoffs de la MLS (défaite face à Philadelphie 3 buts à 1). Numéro 3 de la sélection, il ne devrait pas mettre les gants sur le pré, mais nul doute qu’il saura apporter son expérience au sein du groupe des gardiens américains, et de la sélection.


LA FICHE DU TITULAIRE
(source : Last Word On Sports)

MATT CHARLES TURNER
Club : 
Arsenal FC (Premier League)

Âge : 28 ans
Né le : 24 juin 1994, à Park Ridge, New Jersey (USA)
Taille : 1m91
Poids : 79 kilos
Pied : droit
Main : droite
Gants : West Coast Quantum Turner Pro

Sélections : 18
1ère sélection : 1er février 2021 (USA – Trinidad et Tobago : 7-0)


Photo : USsoccerplayers.com


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Article co-écrit avec Benoît Tissier.

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