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Au lendemain de la victoire du Paris Saint Germain en finale de la Ligue des Champions, Thierry Barnerat, expert senior goalkeeper & analyste de la performance de Thibaut Courtois, revient sur la prestation des deux gardiens, Matveï Safonov et David Raya lors de cette finale.

La difficulté d’un match avec si peu de sollicitations pour défendre son but, l’erreur de Safonov, la stratégie de Luis Enrique pour son gardien en phase offensive, la séance de tirs au but, Thierry Barnerat décrypte cette finale dans les moindres détails et nous livre son sentiment sur l’avenir du poste de gardien au PSG. Entretien. 

Main Opposée : Avant de rentrer plus dans le détail de cette finale remportée par le PSG, qu’avez-vous pensé de la performance globale de Safonov et de celle de Raya ?

Thierry Barnerat : Des performances qui sont très compliquées, avec très peu d’actions. Cinq tirs cadrés en tout, donc très peu de possibilités de se mettre en avant, de pouvoir réaliser un arrêt décisif, et tout le temps sous pression en raison des blocs qui sont proches, des ballons qui sont proches de nos 35-40 mètres et qui amènent de grandes difficultés. Raya a été impérial, Safonov discret.

Que pensez-vous de l’attitude de Matveï Safonov sur le but de Kai Havertz ?

Il souffre de sa formation où on ne travaillait pas la croix. Ce geste était le geste adapté par rapport à la situation. À 5 mètres au moins, on est obligé de venir fermer l’espace. Il aurait dû venir, faire deux pas, faire la croix, ouvrir les jambes, ouvrir les bras, prendre un maximum de place et surtout laisser le haut de son corps droit pour venir en opposition à la frappe d’Havertz. Malheureusement, il est pour moi responsable sur ce but-là et il n’a pas su être décisif alors qu’il aurait pu l’être.

Face au bloc très défensif d’Arsenal, quelle était la stratégie de Luis Enrique pour son gardien de but en phase offensive ?

C’est extrêmement intéressant car il a utilisé trois stratégies différentes. Il a commencé avec un jeu long qui était très clair, chercher 40, 50 mètres etc… En deuxième mi-temps, on a vu un bloc défensif qui a reculé. On a cherché des phases de possession pour attirer aussi Arsenal, créer un peu plus d’espaces dans la zone médiane et cela a permis à Safonov d’amener ses compétences sur du jeu court et sur du jeu de 25 mètres. Enfin, en prolongations, on est revenu sur une stratégie très proche de celle utilisée lors de la demi-finale face au Bayern Munich où Safonov a cherché long, mais pas dans l’espace. Il a cherché une remise en touche à 50, 55, 60 mètres pour permettre à son bloc de monter et venir en opposition sur les joueurs d’Arsenal.

S’il ne fallait ressortir qu’une seule action de la part d’un gardien sur l’ensemble du match, laquelle serait-elle ?

L’action de Raya sur la prise de balle de Barcola qui est un peu longue. Raya est très bien positionné au départ de l’action et a une magnifique lecture, une magnifique interprétation de la vitesse du ballon et de sa trajectoire, ce qui lui permet de déclencher un sprint et d’aller chercher le ballon à 15 mètres juste devant le pied de Barcola. C’est vraiment un arrêt décisif dans l’espace. Je pense que c’est l’action du match.

4 tirs cadrés pour le PSG, 1 seul pour Arsenal. Un match avec une telle physionomie est-il différent pour les gardiens de buts ?

Il est différent par rapport au contexte de l’ensemble du match, avec une équipe qui refuse de jouer et une équipe qui recherche des espaces. Cela veut dire très peu d’actions, qu’on est toujours dans un mode de concentration pour lire parce qu’il peut y avoir une transition rapide, il peut tout d’un coup y avoir un intervalle pour Raya où je dois aller rapidement sur le ballon pour peut-être m’en saisir avant l’attaquant, donc c’est un match extrêmement compliqué en termes de concentration. On doit avoir une vigilance extrême et c’est, je pense, la complexité dans ce match-là.

Le titre s’est finalement joué aux tirs au but. Quel regard portez-vous sur cette séance et la performance des deux gardiens lors de celle-ci ?

Cette séance, elle en dit long. Sur 10 frappes, 8 fois les gardiens sont partis du mauvais côté, malgré qu’ils aient toutes les informations et qu’ils préparent soigneusement l’ensemble des tirs au but.

Mais les tirs au but, c’est l’instant présent, l’émotion dans l’instant présent, et ce qu’on a pu voir lors de cette séance, c’est qu’il y a deux joueurs qui ont fait des courses différentes : Désiré Doué, qui lui a coupé sa course pour essayer de casser le rythme du gardien, ce qu’il a fait d’ailleurs remarquablement avant d’être concentré à 100% sur sa frappe pour pouvoir marquer, et Eze, le malheureux deuxième tireur d’Arsenal, qui lui a voulu fixer Safonov jusqu’au bout, a manqué de fluidité dans son geste et n’a pas su cadrer sa frappe.

Une dernière chose : au coup d’envoi de la rencontre, la seule différence dans la composition parisienne par rapport à la finale de l’année passée était la présence de Safonov puisque, rappelons-le c’est Donnarumma qui était alors aligné. Qu’en pensez-vous ?

Donnarumma avait fait un championnat exceptionnel et une campagne de Champions League exceptionnelle depuis le mois de janvier, depuis que Luis Enrique, avec une intelligence émotionnelle exceptionnelle, l’avait libéré de l’ensemble du travail offensif pour qu’il se concentre sur le défensif et qu’il soit performant, ce qu’il l’a été.

On connaît l’histoire de Safonov avec Chevalier au départ, Safonov qui après prend sa place. Safonov est un bon gardien, mais il ne fait pas partie du top 5. Aujourd’hui, ce à qu’on doit penser, c’est demain, que doit faire le PSG ? Demain, le PSG doit réfléchir à son gardien de but. Avec son statut de club numéro un en Europe, voire dans le monde, est-ce que c’est normal d’avoir un gardien qui ne soit pas dans le top 5 ?

Si vous étiez Luis Enrique, quel gardien iriez-vous chercher pour la saison prochaine ?

Je vois deux profils qui sont très intéressants pour lui, qui sont de jeunes gardiens, ce qu’il affectionne énormément. Anatoliy Trubin, le gardien de Benfica qui est extrêmement complet et qui répond offensivement aussi à toutes les volontés et aux désirs de Luis Enrique tant sur le jeu court que sur du jeu long, qui est capable d’avoir une lecture très intéressante à l’image d’un quarterback, mais aussi Bart Verbruggen, le gardien de Brighton. Ce sont deux gardiens qui sont aussi très intelligents tactiquement, défensivement et répondent vraiment je pense à la réflexion et surtout le profil recherché. Je dirais qu’ils cochent toutes les cages qui sont souhaitées par le Paris Saint-Germain.

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Thierry Barnerat, vidéo analyste de Thibaut Courtois, sera sur Main Opposée pendant toute la durée de l’Euro

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