Blog


1 November 2017


Alors que son équipe et lui traversent une phase difficile avec 7 défaites en 11 journées de championnat, Yoan Cardinale a accepté de répondre en exclusivité, aux questions de la rédaction de Main Opposée, au cours d’une interview fleuve. C’est pendant la pause midi du jour de la confrontation face au PSG, qu’il nous a livré par téléphone, un entretien particulièrement passionnant et instructif.

Né en 1994 à La Ciotat, Yoan Cardinale s’intéresse dès son plus jeune âge au football et en particulier au poste si spécifique du gardien de but. Après, un bref passage par la formation marseillaise, il rejoint finalement Nice en 2009. Il y signe son premier contrat professionnel, 4 ans à peine après son arrivée et démarre dans l’équipe réserve en CFA. L’année 2015 est celle de sa révélation, puisqu’il profite de la blessure de Simon Pouplin puis de celle de Mouez Hassen pour s’imposer en tant que gardien n°1 dans l’équipe première. Il fait très rapidement ses preuves en L1, comme dans les coupes nationales et européennes (Ligue Europa et Ligue des Champions). Après l’exploit de la dernière saison (où son équipe finit sur le podium de l’élite française), cet exercice 2017/2018 semble bien plus ardu pour les hommes de Lucien Favre.

Main Opposée : Penses-tu que sur le terrain ton rôle ait changé depuis l’année dernière ? As-tu plus d’impact sur tes coéquipiers que ce soit sur le terrain ou dans le vestiaire ?

Yoan Cardinale : Malgré le fait que je sois à l’OGC Nice depuis longtemps, je ne vais pas dire que j’ai du poids dans le vestiaire, mais je suis respecté. Dans le vestiaire, tout le monde est très respecté, quand quelqu’un a quelque chose à dire, il le dit et tout le monde l’écoute, que ce soit Dante, ou quelqu’un d’autre. Personne n’a peur de prendre la parole, et de motiver les troupes ! 

MO : Que penses-tu de la saison actuelle de Nice ?

YC : C’est une saison qui a commencé très difficilement, parce que tout le monde s’attendait à ce qu’on reparte sur les mêmes bases que la saison dernière. Or, on a fait une saison magnifique l’année dernière et nous on savait déjà que ça allait être impossible à reproduire. Donc si on s’y attendait, ce n’était pas forcément le cas pour tout le monde. Mais bon c’est pas parce que l’on a fait un mauvais début de saison, que le reste sera pareil. Il nous reste encore une grosse vingtaine de matchs et on va essayer de gagner ces rencontres, mais c’est vrai que collectivement et personnellement c’est dur.

MO : Pourrais-tu nous expliquer la différence, entre le Nice version 2017/2018 et celui de l’année dernière ?

YC : Déjà, énormément de joueurs sont partis. Il faut le temps de retrouver les automatismes, surtout qu’on a perdu 5 titulaires indiscutables. Il faut laisser du temps pour que la mayonnaise reprenne. En plus, cette année, les équipes nous attendent, on arrive c’est quasiment “tout le monde derrière et on attend”, alors qu’avant elles essayaient plus ou moins de jouer. C’est plus dur pour nous.

MO : Quelle est la plus grosse perte du mercato estival pour Nice selon toi ?

YC : C’est compliqué de répondre à cette question, parce que perdre Paul Baysse qui était capitaine, c’est dur, perdre Ricardo Pereira qui était le meilleur latéral droit de la dernière saison c’est difficile. Mais aussi Belhanda, Valentin Esseyric et Dalbert, c’est dur… Après, il y a Wylan Cyprien qui s’est fait les croisés, mais qui devrait bientôt revenir. Et c’est une bonne nouvelle, parce qu’on va en avoir besoin.

Cardinale et des anciens coéquipiers de la saison 2016/2017 – Source : ogcnissa.com

MO : Etant un pur produit « rouge et noir », considères-tu la formation niçoise comme adaptée à la formation de jeunes gardiens ? On peut par exemple rappeler le cas d’Hugo Lloris également sorti de cette formation.

YC : Oui, il y a énormément de bons gardiens qui en sont sortis comme Hugo Lloris, Lionel Letizi, Damien Grégorini et Dominique Baratelli, pour en citer des plus anciens. Quand je devais choisir un club pour ma formation, mon choix s’est porté sur Nice par rapport à ça. Plusieurs équipes voulaient que je signe avec eux mais j’ai choisi Nice parce que la formation des gardiens était très réputée. Et aujourd’hui, ça m’amène à jouer au Parc des Princes ! Honnêtement pour les gardiens, il y a tout de réuni pour que la formation soit parfaite.

MO : Natif de la Ciotat, il aurait été plus logique géographiquement pour toi de rejoindre l’OM que l’OGC Nice. Faisant partie des jeunes de l’OM, on aurait pu croire que tu y serais resté. Le fait que Nice ait réussi à te « voler » à l’OM, peut-il être considéré comme un renforcement soudain de l’image de la formation niçoise, qui peut désormais se permettre de voler des « pépites » à ses concurrents de L1 ?

YC : Complètement ! Aujourd’hui, plus personne ne veut signer au centre de formation de l’OM. Plus personne, parce que Marseille a des grands moyens, mais n’est pas réputé pour sa formation, alors qu’à Nice, il y a énormément de jeunes joueurs et en particulier de jeunes gardiens, qui sortent professionnels. Donc aujourd’hui, oui l’OGC Nice réussit à chiper des pépites à l’AS Monaco, à l’OM, à Montpellier,…

MO : En tant que joueur professionnel, que penses-tu de l’entrainement avec Lionel Letizi (entraîneur des gardiens à Nice, ndlr) ?

YC : Moi personnellement, j’adore, parce que Lionel, c’est quelqu’un qui a tout vécu dans sa carrière. Il a débuté comme tous, très jeune, il a été international et il a eu des bons moments, comme des mauvais. Donc il sait gérer toutes les situations.

Quand je m’entraîne, il sait me dire quand c’est bien ou quand je fais mal. C’est ce que j’adore chez lui : il a vécu tous les moments que nous gardiens pouvons vivre.

Je m’appuie beaucoup sur lui et sur son expérience. Pour les entraînements, il sait quand il faut en faire un poussé ou quand il faut calmer le jeu. Je trouve vraiment que Lionel c’est le top du top au niveau des entraîneurs de gardien. Et en plus, il connait bien le coin !

Yoan Cardinale écoutant attentivement Lionel Letizi – Source : OGC Nice Média

 

MO : Comment vois-tu ton futur ? Vois-tu un départ comme une possibilité ?

YC : Moi, personnellement mon avenir, j’espère qu’il sera à l’OGC Nice. J’y suis vraiment attaché, donc j’espère y passer le maximum de temps. Je m’y plais, j’aime la ville, j’aime le club, j’aime les supporters, j’aime tout ce qu’il y a ici. J’espère donc vraiment rester le plus longtemps possible ici. Après, il faut que cette volonté soit réciproque de la part du club.

MO : Quel est selon toi ton point fort ?

YC : Mon point fort est mon mental, c’est indéniable. Sans mon mental, je ne serais jamais devenu professionnel. Dans les cages, mon atout est mon sens de l’anticipation. J’aime bien lire le jeu avant que ça se fasse.

 MO : Sur quel domaine, penses-tu avoir à t’améliorer ?

YC : Mon point faible, c’est le jeu aérien, je dois beaucoup travailler sur ça. Je n’ai pas beaucoup été aidé par ma taille et vu que je suis petit j’essaie de prendre le moins de risques possibles, donc ça pénalise un peu mon jeu et mes coéquipiers. J’ai pris quelques buts sur ça.

MO : Peut-on considérer que ton histoire personnelle (son petit frère a connu de graves problèmes de santé) t’a permis d’arriver à ce niveau ?

YC : Je ne sais pas si c’est grâce à ça mais ça m’a beaucoup aidé. Ça m’a forgé un mental et ça m’a permis de relativiser aussi certaines situations. Sans cette histoire-là, je ne serais sûrement pas arrivé au stade de gardien professionnel.

MO : Quelles qualités sont nécessaires pour être un bon gardien professionnel et surtout un gardien de Ligue 1 ?

YC : Pour moi, la première qualité est d’avoir un gros mental, parce que sans mental au poste de gardien de but c’est mort. Après, il faut aussi être explosif, savoir lire le jeu parce qu’en Ligue 1 ça va beaucoup plus vite que dans les niveaux inférieurs, la moindre erreur est pénalisée par un but. Et il faut ne pas avoir peur de prendre des risques.

CardinaleYoan

Yoan Cardinale n’hésitant pas à sortir dans les pieds des attaquants adverses – Source : ogcnissa.com

 

 MO : Pourquoi avoir choisi de devenir gardien plutôt que joueur de champ ? 

YC : Quand j’étais petit, j’ai commencé attaquant de pointe. Et lors des tournois, on avait pas de gardien, donc toute l’équipe y allait chacun son tour. Et mon coach m’a dit qu’il me trouvait meilleur en gardien qu’en attaquant et que j’allais donc rester dans les cages définitivement. Moi, j’avais bien aimé ce poste, parce qu’il y a des responsabilités, faut pas avoir peur. Depuis, j’y suis resté et je m’y plais bien ! Je suis meilleur là qu’en pointe en tout cas (rires) ! 

MO : As-tu un gardien qui t’a particulièrement impressionné ?

YC : Ah bah là, on a tous le même ! C’est pas rigolo ! Buffon forcément ! Moi qui ai des origines italiennes et qui aime bien la Squadra Azzura, c’est mon idole. Et c’est le cas des trois quarts des personnes de notre génération. Il a fait aimer le poste de gardien de but à de nombreuses personnes. 

MO : Il y a aussi Casillas qui a marqué notre génération !

YC : Oui c’est vrai ! mais je suis beaucoup moins fan de lui. Buffon a réussi à changer la vision des gens sur le poste de gardien, ce que n’a pas forcément fait Casillas malgré ses performances incroyables. Buffon a apporté beaucoup de classe, c’est encore un cran au dessus.

MO : Quelle est ta plus grande fierté ou ton plus beau souvenir en tant que joueur ?

YC : Ma plus grande fierté est d’avoir ramené cette musique de la Ligue des Champions à l’Allianz Riviera et d’avoir pu partager ce moment avec tous les supporters, qui attendaient ça depuis 50 ans !

Un moment qui a assurément plu aux Ultras niçois comme le prouve cette vidéo – Source : chaîne Youtube : moonir nissa

MO : Qu’as tu retiré de la saison dernière ? 

YC : La saison dernière m’a beaucoup apporté. Moi qui suis un compétiteur, qui déteste la défaite, nos performances de l’année dernière m’ont fait encore plus aimer la “gagne”. Quand t’arrives à la 36ème journée et que tu n’as connu que deux défaites, c’est énorme et tu n’as pas envie de perdre. Ca m’a apporté encore plus de Grinta !

MO : Quel est le match que tu as préféré l’année dernière ? 

YC : Nice-PSG ! Le retour ! Une belle victoire 3-1 ! Ce match est venu clôturer une super saison ! C’était vraiment quelque chose de magnifique !

MO : Quelle est ta caractéristique qui te différencie des autres gardiens du championnat ? 

YC : A mon avis, ma morphologie. Je suis petit, je suis pas « comme les autres ». Quand tu vois que la moyenne des gardiens de L1 est à 1m90, moi je suis à 1m81, c’est pas commun en Ligue 1. Mais après, je pense avoir réussi à transformer ça en quelque chose de positif. Ce qui était un défaut de base, est devenu une force. Tu te dis que tu es plus petit et donc que tu vas devoir plonger plus vite, anticiper plus vite, et sauter 2cm de plus que les autres. Ton retard, il faut que tu le combles par autre chose. Du coup, je suis peut-être plus explosif et plus « foufou » que d’autres.

MO : Est-ce que tu penses à l’équipe de France, que ce soit à court ou à long terme ? 

YC : L’équipe de France c’est un rêve. Je n’y pense pas forcément maintenant parce que si l’on regarde la liste d’attente en bleu, il y a énormément de très bons gardiens au dessus, Hugo Lloris, Steve Mandanda et Alphonse Areola, tu te dis que tu ne peux prendre la place de personne à l’heure actuelle. Mais, ça va bouger, Lloris et Mandanda ne sont plus tout jeunes, et des places vont finir par se libérer, donc pourquoi ne pas en profiter.

MO : À ton avis, que te reste-t-il à acquérir pour atteindre cet objectif ?

YC : Mon jeu aérien, prendre de l’expérience dans le jeu et avoir plus de sérénité en moi et on verra. Mais je ne me prends pas la tête avec l’équipe de France, c’est plus un rêve qu’autre chose.

Un récapitulatif de certaines de ses plus belles parades – Source : chaîne Youtube OGC Nice

MO : Quelle est ta relation vis-à-vis du coach ?

YC : Avec Lucien Favre, on a une très très bonne relation, c’est vraiment un super entraineur et moi j’essaie de lui rendre sur le terrain toute la confiance qu’il m’accorde. C’est vraiment quelqu’un de bien.

MO : L’année dernière, au sortir d’une incroyable saison pour Nice où tu as joué un rôle de première importance (3ème défense), tu n’as pas été nominé aux trophées UNFP. En outre, de nombreuses rumeurs ont parfois prédit l’arrivée de Sirigu, Ruffier, Mandanda… Te considères-tu parfois comme « écarté » ? 

YC : Oui, par moment, j’ai l’impression de déranger. Je pense que si l’année dernière, c’est Ruffier qui avait fait la saison que j’ai faite, tout le monde aurait parlé de ça. Mais après, je ne suis pas quelqu’un qui aime pleurer, j’essaie de faire ce que j’ai à faire, de travailler. Si on me félicite, tant mieux, sinon tant pis, je ne vais pas pleurer sur mon sort.

MO : Quels sont les objectifs de l’équipe pour cette année ?

YC : Les objectifs c’est déjà de remonter au classement, avant la trêve et de passer ce premier tour de Coupe d’Europe. L’année dernière on a échoué en poule, alors que là on est vraiment bien parti pour aller en 16ème de finale de League Europa donc c’est un des principaux objectifs.

MO : Au sommet du nouveau centre d’entrainement, un terrain de pétanque a été construit sur la terrasse et selon Malang Sarr, tu en serais un habitué. Penses-tu à une éventuelle reconversion, quand le temps sera venu de raccrocher les gants ?

YC : Ca ne sera pas une reconversion, ça c’est sûr, parce que je ne suis pas très fort mais c’est un sport de loisir que j’aime beaucoup, surtout quand on y joue avec les amis !

Il excelle déjà à d’autres jeux d’adresse – Source : sofoot.fr

MO : On a tous remarqué une très forte complicité au sein du groupe niçois, et en particulier entre toi et Balotelli. Qu’est-ce que cela fait de côtoyer et de se vanner avec un joueur aussi connu et controversé que lui ?

YC : L’union du vestiaire fait notre force. On est tous soudés, tout le monde s’entend super bien avec tout le monde, il n’y a pas de clan. C’est assez incroyable. Après personnellement, j’ai un lien particulier avec Mario, parce que c’est quelqu’un qui aime bien rigoler et qui a besoin de déconner, tout comme moi. On a pas peur de se faire des petites boutades entre nous et c’est ce qui fait qu’on a des liens forts !

MO : Et qu’apporte-t-il à l’équipe ? 

YC : Mario apporte toute son expérience, parce que c’est un joueur de classe internationale. Quand il a une occasion, c’est but. Il a pas besoin de 10 occasions, une seule et c’est au fond. Devant le but, il a une adresse incroyable.

MO : Tu as récemment changé de marque de gants de gardien, puisque tu es passé de Uhlsport à Reusch. Pour quelle raison ?

YC : Je voulais changer quelque chose et finalement ça a été les gants. Reusch c’est une très bonne marque qui veut s’agrandir. J’ai aimé leur approche, j’ai aimé leur projet et j’ai décidé de signer avec eux. Mais après, m’apporter quelque chose de différent, non. Une paire de gants, c’est une paire de gants ! 

Cardi et ses nouveaux gants Reusch – Sources : ogcnissa.com

MO : Que penses-tu de Main Opposée ?

YC : C’est une super page ! Ça permet à tous les gens d’avoir des avis d’experts. C’est bien d’avoir un regard neutre, sur notre poste qui est si particulier, et que des experts analysent nos matchs. Moi, personnellement, j’aime bien le dimanche soir, quand je vois que vous faites nos notes de match, avec jeu aérien, jeu au pied, etc. Ça j’adore, et que ce soit en bien ou en mal, des fois on est bon d’autres fois non, mais on peut s’en prendre qu’à nous même, pas à ce qui y est écrit.

 

L’équipe de Main Opposée tient à remercier Yoan Cardinale de nous avoir accordé cette interview et pour sa sympathie. On lui souhaite le meilleur pour le reste de sa saison avec son club et pour la suite de sa carrière.

 

Photo de couverture : eurosport.fr

News Feeds
Rejoins la communauté
Articles récents
Si tu souhaites recevoir du contenu exclusif, souscris à ma newsletter :
Haut de la page
Partages